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Gabon : Le gouvernement muselle le syndicat des enseignants


Le syndicat des enseignants appelle à la démission du ministre de l’Education nationale gabonais © Echos du Nord

Un arrêté du ministère de l’Intérieur, daté du 17 mars 2017, interdit toute activité de la Convention Nationale des Syndicats du Secteur Education (CONASYSED) et « fait défense à toute personne de s’exprimer » au nom de ladite structure.

Le bras de fer entre le gouvernement et la CONASYSED depuis la fin des vacances scolaires en septembre 2016 ne faiblit pas au Gabon. En effet, après des tentatives de négociations infructueuses, la structure syndicale n’ayant pas obtenu satisfaction à ses revendications boycotte la reprise des cours. Le risque d’une année blanche dans le secteur est plus que présent.

Le Ministère de l’Intérieur sanctionne la structure administrative pour « trouble à l’ordre public, entrave à la liberté de travail, violences et voies de fait ».

Grève générale illimitée

Cela fait quelques mois que le syndicat observe une grève générale. Le délégué général de la CONASYSED, Louis Patrick Mombo, affirmait qu’elle était suivie par la quasi-totalité du personnel gabonais sur toute l’étendue du territoire.

Les revendications de ces fonctionnaires concernent particulièrement des primes en retard de paiement. Mais aussi la régularisation de vacations, des réformes du ministère notamment sur l’harmonisation des coefficients des matières enseignées, les effectifs pléthoriques et la régularisation administrative des enseignants.

Les syndicats demandent le limogeage du ministre de l’Education, Florentin Moussavou, et ne plient pas malgré les tentatives de négociations du Vice-Premier ministre, Bruno Ben Moubamba, et malgré les sanctions déjà prononcées par le gouvernement.

Des sanctions « illégales »

L’interdiction d’activité prononcée par le ministère de l’Intérieur sur saisine du ministre de l’Education nationale n’est pas la première mesure punitive du gouvernement à l’encontre des syndicats de l’Education.

En effet, le mois dernier, le porte-parole du gouvernement annonçait la suspension des salaires de plus de 800 enseignants, et la radiation de la fonction publique d’une vingtaine d’autres. Cette décision du gouvernement est jugée illégale par les syndicats, car ne respectant les dispositions légales menant à une sanction. « Toute personne accusée d’un acte délictueux est présumée innocente jusqu’à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d’un procès public où toutes les garanties pour sa défense lui aurait été assuré […] Au niveau des enseignants, on connaît la sanction avant la procédure, violant par là même les textes du statut de fonctionnaire du Gabon », a déclaré Louis Patrick Mombo.

Un soutien autour du syndicat des enseignants

La confédération syndicale Dynamique unitaire, dite proche de l’opposition, a affirmé tout son soutien à la CONASYSED. Aussi, elle l’encourage à persévérer et à ne pas céder aux mesures prises pour les intimider.
Le Syndicat National du Personnel de la Santé est lui aussi solidaire du mouvement et va « prendre des dispositions pour mettre ce gouvernement en difficulté ».

A l’annonce des suspensions des salaires et de la radiation de certains fonctionnaires, une chaîne de solidarité a été lancée à travers le pays et dans la diaspora gabonaise pour soutenir le mouvement.

Tous ces éléments portent à croire que la détermination des syndicats de l’éducation ne sera pas ébranlée et que la crise du secteur va s’étendre. Tout ceci au détriment des élèves privés d’enseignement.

L’accusation à peine voilée du gouvernement

Au cours de sa traditionnelle conférence de presse, le porte-parole du gouvernement, Alain-Claude Bilie-by-Nze s’est exprimé sur les risques d’une année blanche. Il a également abordé la chaîne de solidarité envers les enseignants : « le président de la Conasysed doit vous dire que ces cotisations représentent l’arbre qui cache la forêt et le gouvernement sait exactement qui finance leur mouvement ».

Le gouvernement avait déjà, par le passé, insinué que certaines revendications des syndicalistes et l’entêtement de ceux-ci n’étaient peut-être pas limités au seul cadre de l’éducation.

Il faut dire que le Gabon est en proie à plusieurs crises simultanées. La plus importante étant celle relative aux résultats des élections présidentielles d’aout 2016 et aux répressions qui ont suivi.


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