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Gabon : convaincu que Jean Ping finance les enseignants grévistes, le gouvernement se montre intransigeant


Crédit Photo : RFI

Le gouvernement gabonais semble ne plus croire aux vertus de la négociation avec les enseignants en grève depuis plusieurs mois. Convaincu que la grève des enseignants est financée par l’opposition et a pour motif de déstabiliser le pouvoir d’Ali Bongo, le gouvernement est décidé à casser le mouvement de grève, y compris en utilisant des méthodes portant atteinte à l’exercice des droits syndicaux.

«Le gouvernement sait exactement qui finance leur mouvement». Cette phrase du porte-parole du gouvernement gabonais, Alain-Claude Bilié-By-Nzé, lors de sa conférence de presse du 17 mars dernier a interpellé son auditoire. Le gouvernement est donc convaincu qu’il y a une main noire derrière la grogne sociale généralisée dans le secteur de l’éducation.

La stratégie de Jean Ping ?

Un haut responsable, membre du parti démocratique gabonais (PDG au pouvoir) l’affirme : «La grève des enseignants obéit à une stratégie préparée dans les bureaux des Charbonnages (NDLR en référence au Quartier général de Jean Ping). C’est le moyen que Jean Ping a trouvé pour déstabiliser le président. Sa stratégie c’est le pourrissement».

Dans les cercles du pouvoir et même au sein du gouvernement, on est convaincu que la grève des enseignants a des visées politiques. Pour eux les revendications sociales portées par la Convention nationale des syndicats du secteur éducation (Conasysed) ne sont que des prétextes pour justifier la grève.

C’est ce constat qui fonde l’intransigeance du gouvernement gabonais face aux syndicats. «Si il y a une année blanche, ils le paieront» avait déclaré Alain-Claude Bilié-By-Nzé sur un ton menaçant à l’endroit des syndicalistes.

La réponse répressive du gouvernement peu efficace

Pour faire payer les enseignants grévistes, le gouvernement gabonais n’a pas fait dans le détail. Ainsi 807 enseignants grévistes ont-ils vu leurs salaires suspendus. Cette décision a suscité un tôlé au sein de la Conasysed, la principale centrale syndicale de l’éducation nationale. Pour répondre à cette décision gouvernementale, la Conasysed a durci son mouvement de grève.

Constatant qu’en dépit de la suspension des salaires de plusieurs centaines d’enseignants le mouvement de grève continuait d’être suivi, le Gouvernement a décidé par arrêté de suspendre la Conasysed et de l’interdire de toute activité sur le territoire national. Cependant, cet arrêté du 17 mars est en contradiction avec la convention n°87 de l’Organisation internationale du travail (OIT) dont le Gabon est signataire. En effet, son article 4 dispose que «les organisations de travailleurs et d’employeurs ne sont pas sujettes à dissolution ou à suspension par voie administrative».

Dans le prolongement des décisions antérieures du gouvernement, le ministre de l’Éducation nationale Florentin Moussavou a pris un arrêté qui suspend 20 responsables d’établissements publics. Le ministre leur reproche d’avoir soutenu le mouvement de grève de la Conasysed, un syndicat qui était pourtant reconnu au moment des faits.

Quid des revendications sociales?

Trop occupé à essayer d’éteindre le mouvement de grève des enseignants par la répression, le gouvernement se montre moins actif quand il faut apporter des solutions aux problèmes de l’éducation.

À chacune de ses sorties face à la presse le porte-parole du gouvernement gabonais est très disserte sur le présumé caractère politique de cette grève. Cependant, la question des effectifs pléthoriques dans les salles de classe, l’absence de construction d’établissements scolaires publics depuis plusieurs années, le retard de paiement des primes et des vacations des enseignants ou encore les limites du système d’avancement ou d’intégration à la fonction publique passent pour des sujets secondaires.

Un syndicaliste résume la situation «Le gouvernement essaie de casser le thermomètre, alors qu’il indique que le système éducatif gabonais est un grand malade».


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