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Pénuries d’eau en Côte d’Ivoire : un développement à deux vitesses


Des pénuries d’eau fréquentes touchent les populations d’Abidjan

Actualité Société — Si la Côte d’Ivoire multiplie les projets d’investissement afin de développer le pays, il semblerait que la route vers l’émergence voulue par le président d’ici à 2020 soit encore un peu longue. En effet, certains coins du pays se développent pendant que dans d’autres villes la pauvreté s’accroît. À Yopougon par exemple, les problèmes de pénurie d’eau persistent et les populations se désolent de n’être pas entendues.

Ouverture de grandes chaînes de fast-food, projet de métro urbain, accords économiques avec le Maroc, etc. Abidjan semble attirer les investisseurs étrangers. Le président ivoirien, Alassane Ouattara, met tout en œuvre pour développer la Côte d’Ivoire. En février, il était d’ailleurs fait Docteur Honoris pour récompenser ses efforts en faveur du développement de son pays.

Mais la partie cachée de l’iceberg révèle qu’il reste encore beaucoup d’efforts à fournir. Levée aux aurores, seaux, bidons et cuvettes en mains ou sur la tête, prêtes à parcourir des kilomètres : voici le rituel quotidien des populations du quartier de Yopougon pour obtenir de l’eau. Les pénuries fréquentes dans ce quartier obligent les habitants à s’approvisionner en eau auprès des quartiers voisins, parfois très éloignés. Une situation qui n’a que trop duré.

Des manifestations pour l’accès à l’eau potable

Face à cette situation et devant le manque d’action de la part du gouvernement, les femmes se sont mobilisées pour se faire entendre. Le jeudi 9 mars, les femmes de plusieurs quartiers d’Abidjan sont descendues dans les rues. Munies de seaux, elles ont perturbé la circulation pour dénoncer l’accès difficile à l’eau chez elles. Devant l’ampleur de la protestation, le ministre des Infrastructures économiques, Amédé Kouako, a reçu les manifestantes. Au sortir de cet entretien, auquel participait aussi le directeur général de la Société d’eau en Côte d’Ivoire (Sodeci), il a assuré que des travaux seraient effectués afin de régulariser la situation.

Mais il semblerait que ce ne soit pas le cas. Des solutions temporaires ont été mises en place les jours qui ont suivi, mais depuis la situation reste inchangée. Non seulement Yopougon connait toujours des perturbations, mais le problème s’étend désormais à d’autres quartiers. Abidjan.net rapportait samedi dernier que les foyers de la ville de Bocanda étaient quant à eux privés d’eau depuis deux semaines. Ces perturbations de la distribution d’eau sont d’autant plus irritantes pour les habitants, car elles perdurent depuis des années. Les justifications et excuses de la Sodeci ne suffisent plus pour ces habitants parfois contraints de se mettre en danger pour s’approvisionner en eau.

Abidjan se développe, mais la pauvreté reste (trop) présente

Les projets et partenariats économiques se multiplient au pays d’Alassane Ouattara. D’ailleurs, la Côte d’Ivoire enregistre l’un des taux de croissance les plus élevés au monde (8,5 % en moyenne, ces cinq dernières années selon la Banque mondiale). Le pays a réussi à se relever après une crise post-électorale intense. Mais derrière ces beaux et grands projets, les problèmes de société s’accroissent. Ce début d’année a notamment été marqué par une grogne sociale. Les soldats d’abord, les fonctionnaires ensuite. Le gouvernement a dû agir rapidement et faire face afin d’éviter une crise plus importante. Interrogé par AfricaPostNews, un Ivoirien déplore le développement du pays au détriment des classes dites moyennes et pauvres. « Le développement de la Côte d’Ivoire a laissé beaucoup de gens dans la pauvreté. Ce sont les étrangers qui bénéficient des contrats et du travail », explique ce jeune homme d’une trentaine d’années.

Pourtant, selon les chiffres officiels, le taux de pauvreté a reculé. En effet, en quatre ans il est passé de 51 % (2011) à 46 % (2015), toujours selon les données de la Banque mondiale. Mais c’est un pourcentage qui reste tout de même élevé. Particulièrement en zone rurale. De plus en plus d’Ivoiriens semblent se désintéresser de la vie politique de leur pays, car ils se sentent oubliés. Si leurs voix sont entendues à l’approche d’échéances électorales, bon nombre d’habitants s’estiment délaissés une fois les élections passées. « Avant chaque élection, on vient nous voir pour nous promettre de l’eau, mais après le vote rien n’est fait. Nous sommes oubliés. », confiait une habitante du quartier Micao à Jeune Afrique. Une plainte qui n’est pas propre à la Côte d’Ivoire.

Les efforts fournis par Alassane Ouattara pour faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent sont certainement indéniables. Les économistes sont même confiants quant à l’avenir du pays. Toutefois, la pauvreté reste très présente dans le pays. L’absence d’écoute et le manque d’attention de certaines tranches de la population pourraient réveiller la grogne sociale récemment calmée.

 


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