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Afrique du Sud : Vague de réactions après le renvoi du ministre des Finances Pravin Gordhan


L’ancien Ministre des fiances, Parvin Gordhan par Gallo Images

Actualité Afrique du Sud – Jeudi soir, le président de la République Jacob Zuma a opéré un remaniement ministériel, qui a vu le ministre des finances Pravin Gordhan remercié. Ce limogeage a suscité de nombreuses réactions aussi bien dans le paysage politique qu’économiques.

Le bras de fer entre le président Jacob Zuma et son ministre des finances Pravin Gordhan a connu son épilogue jeudi soir, avec l’écartement du gouvernement pour le second. Si officiellement Jacob Zuma , par ce remaniement ministériel, prétend vouloir « mettre en œuvre une transformation socio-économique radicale afin de faire du rêve d’une meilleure vie pour les pauvres et les classes populaires une réalité » nombreux sont ceux qui estiment qu’il visait principalement son ministre dont l’influence de cesse de croître.

Les tensions entre les deux hommes subsistent depuis des mois. L’image du président sud-africain, trempé dans de multiples affaires de corruption et de détournements contrastait désormais avec celle de son ministre, respecté dans le pays et dans les sphères économiques pour sa gestion et sa probité morale. L’homme s’était toujours montré intransigeant contre la corruption et la mauvaise gestion du denier public, ce qui sonnait comme des piques contre le chef de l’exécutif noyé dans des scandales financiers.

Lundi dernier, en rappelant au bercail Pravin Gordhan, alors en tournée pour rencontrer les investisseurs au Royaume-Uni, la rumeur de son limogeage est née au sein de l’opinion publique. Jeudi soir, elle est devenue réalité.

De multiples réactions dans les sphères politiques et économiques

L’annonce du limogeage de Pravin Gordhan a provoqué de nombreuses réactions dans le pays. L’homme respecté des marchés financiers, s’était fait remarquer par deux passages très propres au ministère des Finances. Son second passage en décembre 2015 avait été marqué par le sauvetage de la monnaie locale, le rand, en chute, après la nomination à la tête de ce ministère sensible d’un parfait profane du domaine financier.

Cette prouesse a grandement renforcé l’estime et la confiance vis-à-vis de l’ancien ministre. Si bien que de plusieurs voix se sont fait entendre dans les milieux économistes. L’Association bancaire d’Afrique du Sud n’a pas manqué d’exprimer son inquiétude, ajoutant que le renvoi de Gordhan soulève « des préoccupations alarmantes pour la discipline budgétaire ».

Les marchés et les investisseurs sont également inquiets et redoutent que le départ de l’ancien ministre, qui multipliait les efforts pour maintenir la monnaie à flot, ne plonge l’économie dans une situation de crise, tant cette dernière est déjà fortement ralentie et endettée.

L’ANC plus que jamais fragilisé

Les sphères politiques ne sont pas restées muettes non plus. L’éviction du ministre des Finances Pravin Gordhan a du mal à passer dans les rangs de l’ANC (le parti au pouvoir et parti de Gordhan) et ses alliés, et même dans l’opposition sud-africaine.

L’Alliance démocratique (DA), principal parti de l’opposition, a annoncé sa volonté de dépôt d’une motion de défiance contre M. Zuma, accusé de menacer l’économie du pays en renvoyant Pravin Gordhan tandis que Les Combattants de la liberté économique (EFF, gauche radicale) ont de leur côté saisi la cour constitutionnelle pour démettre le chef de l’état de ses fonctions pour corruption.

Du côté des alliés de l’Anc, Le Congrès des syndicats sud-africains et Parti communiste sud-africain, se sont exprimés sur la question respectivement par les voix de  Matthew Parks, coordinateur parlementaire et Solly Mapaila, deuxième vice-président du SACP. Le premier s’est dit soucieux de la stabilité de l’ANC et du Gouvernement, tandis que l’autre à inviter les Sud-Africains à prendre des mesures contre le pillage des ressources, véritable cheval de bataille de Gordhan.

Au sein même du parti au Pouvoir, la décision de Zuma fait grincer des dents. Les chefs de file du parti s’étaient déjà clairement prononcées contre une éventuelle sortie de l’ancien ministre des Finances. En faisant fi de l’avis de ses compères, Jacob Zuma  vient de raffermir les tensions au sein du parti et plus que jamais aggraver la fracture interne.

Mercredi, comme signe de dissensions au sein du parti, Zuma avait été interdit d’assister aux obsèques d’un grand militant contre l’apartheid, Ahmed Kathrada , tandis que Gordhan était accueilli en héros, ovationné par ses pairs. les prochains mois s’annoncent compliqués pour l’ANC.

 


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