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Sénégal : qui est Khalifa Sall, le principal opposant au régime de Macky Sall ?


Khalifa Sall, le maire de Dakar
Khalifa Sall, le maire de Dakar – Crédit photo : RFI

PORTRAIT – Le 8 mars 2017, le maire de Dakar, Khalifa Sall, était inculpé pour détournement de fonds publics puis conduit à la prison de Reubeuss sur la corniche de Dakar. L’arrestation de celui qu’on présentait déjà comme le futur challenger de Macky Sall à la présidentielle de 2019 a accru sa popularité auprès de nombreux sénégalais. Qui est Khalifa Sall, le détenu le plus célèbre du Sénégal ?

Né en 1956 à Louga au nord-ouest du Sénégal, Khalifa Ababacar Sall a grandi à Dakar au quartier populaire de Grand Yoff qui deviendra plus tard son fief politique. En 1970 il obtient son baccalauréat au lycée Blaise Diagne, un établissement de référence au Sénégal.

Khalifa Sall : du lycée Blaise Diagne au parti socialiste

Inscrit à l’université, Khalifa Sall en sort avec une maitrise d’histoire et une maitrise en droit constitutionnel. L’engagement en politique du futur maire de Dakar commence alors qu’il est encore étudiant. C’est pendant son passage à l’université qu’il a rejoint l’actuel parti socialiste (PS) sénégalais qu’il s’est toujours refusé de quitter par fidélité, même lorsque le président socialiste Abdou Diouf a perdu le pouvoir en 2000 face au libéral Abdoulaye Wade.

Khalifa Sall a occupé plusieurs fonctions dans l’appareil d’État sénégalais qui lui permettent aujourd’hui de cumuler plus de 30 ans d’expérience tant en politique qu’en gestion administrative. Dès 1995, il est nommé ministre délégué auprès du Premier ministre, chargé des relations avec les assemblées. Il conserve ce poste au sein des deuxième et troisième gouvernements du Premier ministre Habib Thiam.

Khalifa Sall deviendra par la suite ministre du Commerce  et de l’Artisanat dans le gouvernement de Mamadou Lamine Loum. Après l’alternance politique en 2000, il figure parmi les rares socialistes qui réussissent à se faire élire député en 2001. Au cours de cette année, la coalition SOPI (changement en Wolof) qui soutenait Abdoulaye Wade avait fait un raz-de-marée électoral à travers le pays.

L’élu de Grand Yoff devenu maire de Dakar

Khalifa Sall, le maire de la ville de Dakar

En 2009, s’appuyant sur son fief de Grand Yoff, Khalifa Sall va à la conquête de la mairie de Dakar alors dirigée par Pape Diop, président du Sénat et membre du parti au pouvoir. Il dirige la coalition Benno Siggil Senegaal (« S’unir pour relever le Sénégal », en langue wolof) durant les élections locales du 22 mars 2009. Au cours de ce scrutin, il bat Karim Wade, le fils d’Abdoulaye Wade, président en fonction à cette période. Le 18 avril 2009, Khalifa Sall est élu maire  de Dakar avec 81 voix sur 100 exprimées au sein du Conseil municipal de la ville.

Élu maire sur l’engagement de « Faire la politique autrement », Khalifa Sall s’empresse de rendre public son patrimoine sitôt élu maire. Son geste, en rupture avec les anciens édiles de la ville, s’inscrivait dans une démarche de transparence expliquait-il. Le maire socialiste avait ainsi publié la liste de ses biens mobiliers et immobiliers, devant un jury d’honneur composé, entre autres d’Amadou Makhtar Mbow, de l’écrivain Cheikh Hamidou Kane et de Mouhamadou Mbodj du Forum civil.

La déclaration de patrimoine faite par Khalifa Sall n’avait pas rencontré l’assentiment de tous, y compris dans son propre camp. La responsable socialiste Aminata Mbengue Ndiaye avait exprimé son opposition à cette démarche. Elle s’était par ailleurs insurgée contre le fait que Khalifa Sall prenne l’initiative d’une telle démarche sans avoir préalablement informé le PS, son parti politique.

En tant que maire, Khalifa Sall a plaidé pour la transparence et la gestion participative.

«Grâce à Dieu et à cette gestion inclusive et participative, nous n’avons pas de problème dans le Conseil municipal. Chacun de nous peut assumer le bilan de l’équipe. C’est cela notre chance. Le maire à lui seul ne peut rien faire. La gestion est inclusive. Je ne suis qu’un animateur, je ne suis même pas le dirigeant», déclarait le maire de Dakar avant son incarcération à la prison de Reubeuss.

Interrogé par africapostnews.com, M. Papa Maniang Soumaré, le coordinateur du mouvement And Dollel Khalifa Thiès (ADK), qui soutient Khalifa Sall le décrit comme un politicien peu bavard, mais travailleur. Il vante également ses qualités d’écoute. D’autres mettent en avant le prix «ville créative» décerné à Dakar par l’UNESCO sous sa gestion.

À l’international, Khalifa Sall occupe plusieurs postes en lien avec ses fonctions d’élu de la capitale sénégalaise. Ainsi est-il consultant international auprès de la Banque mondiale et des Nations Unies pour les questions électorales, pour le renforcement des capacités et prérogatives des Parlements. Il est également représentant africain du Réseau parlementaire sur la Banque mondiale et de l’Association des Parlementaires européens pour l’Afrique.

Par ailleurs, Khalifa Sall est membre des missions d’observation de l’Union africaine sur les élections en Afrique et secrétaire général de l’Association internationale des maires francophones (AIMF), tout en assurant la présidence des cités et gouvernements locaux unis (CGLU).

Détournement ou complot ?

À la suite d’un audit de l’Inspection générale d’État (IGE), Khalifa Sall a été accusé de détournement de deniers publics provenant d’un fonds spécial de la ville de Dakar. L’IGE aurait constaté la réalisation de certaines opérations en l’absence de pièces justificatives. On reproche également au maire de Dakar, d’avoir utilisé fonds d’avance de la ville à des fins personnelles ou au profit de proches.

Au cours d’une conférence de presse qu’il a animée le 5 mars, juste avant son incarcération, Khalifa Sall a clamé son innocence. Il a défendu sa gestion du fonds qui serait conforme à l’usage qui en a été fait par ses prédécesseurs depuis sa mise en place en 1920. Ému aux larmes, il avait dénoncé un complot politique visant à étouffer ses ambitions. Khalifa Sall est vu comme l’un des potentiels challengers du président Macky Sall lors de la présidentielle de 2019.

Malgré son incarcération, les proches de Khalifa Sall travaillent à coaliser tous les opposants au président Macky Sall et à présenter une liste unique aux législatives à venir. Leur objectif : arracher la majorité au parlement et composer un gouvernement qui va réorienter la politique nationale.


2 Comments on this Post

  1. Ismael Diack

    Khalifa Sall est le futur président du Sénégal

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  2. Ismaila Badiane

    Khalifa SALL n’est pas le principal opposant de Macky Sall. Jusqu’à la veille de son arrestation, les populations du monde rural ne connaissaient pas trop ce monsieur. C’est un membre du Parti socialiste (mouvance présidentielle ) réfractaire par la suite pour ne pas que la mairie de Dakar lui échappe. Il n’a pas encore d’encrage réel auprès de la population sinon une sympathie bien sénégalaise pour ceux qui sont emprisonnés.

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