Share

Afrique – Ecoles en danger : les causes des nombreuses grèves dans le secteur de l’éducation


L’éducation, un secteur en crise un peu partout en Afrique © Banque Mondiale

Analyse Afrique — Depuis le début de l’année 2017, de nombreuses grèves dans l’éducation et la formation ont secoué plusieurs pays africains. Du Mali au Gabon en passant par le Cameroun ou le Niger, étudiants et enseignants semblent s’être passé le mot. AfricaPostNews a décidé de faire un zoom sur cette situation, pour essayer d’en comprendre l’origine et les causes.

L’école en Afrique est un enjeu des plus importants. Avec des états qui aspirent désormais à l’émergence et autre palier supérieur du développement, l’accent devrait être mis sur la formation et l’instruction. Cependant, c’est la situation inverse qui s’observe. Depuis le début de l’année 2017, les grèves se succèdent d’un pays à un autre. C’est souvent au terme de longues semaines de négociations que des mesures palliatives sont prises. Un processus qui déstabilise profondément les années scolaires de millions de petits Africains. Ils assistent désormais chaque année aux joutes entre syndicats et gouvernements.

Ce phénomène n’est pas nouveau en Afrique. Les grèves secouent régulièrement le continent. C’est au sortir des négociations ardues et des mouvements rigides que les populations obtiennent souvent gain de cause. Avec la crise économique qui sévit, les conditions de vie se sont dégradées. Les gouvernements qui voient leurs budgets revus à la baisse sont confrontés à des populations de plus en plus revendicatrices.

Par ailleurs, notre étude prendra en compte l’éducation nationale, l’enseignement supérieur et l’enseignement technique. Tous les mouvements touchant ces secteurs seront donc pris en compte par notre étude.

Un début d’année marqué par de nombreuses grèves

Les mouvements de grève ont traversé l’Afrique de part et d’autre. Au niveau de l’Afrique centrale, très peu de pays ont été épargnés depuis le début d’année. Parmi les plus virulentes, la grève des enseignants au Gabon qui a paralysé le secteur pendant de nombreux mois. Au Cameroun voisin, des milliers d’enseignants ont envahi les rues de Yaoundé. Au Congo, seule l’opération « université morte » de 3 jours à l’université Marien Ngouabi a retenu l’attention. Ce même établissement avait connu une grève musclée des étudiants en fin d’année scolaire 2015-2016. La Centrafrique, l’Angola, le Burundi et même le Tchad ont également connu leurs lots de mouvements dans le domaine éducatif entre février et avril.

L’Afrique de l’Ouest est également touchée. En Côte d’Ivoire, la grève à la fonction publique a entraîné avec elle de nombreux enseignants fonctionnaires en janvier dernier. Même situation au Togo, au Bénin, au Mali, en Guinée, ou encore au Niger, avec des mouvements d’humeur ponctuels dans l’éducation. Ces grèves comprennent celles des instituteurs de maternelle et primaire, celles des professeurs des collèges et lycées, celles des enseignants-chercheurs des universités, et même celles des étudiants et élèves.

Quant aux causes, elles sont multiples. Certaines grèves sont à l’initiative des enseignants, tandis que d’autres sont initiées par les apprenants eux-mêmes. Dans les deux cas, nous avons d’une part les revendications spécifiques aux deux camps et des revendications communes.

Le problème de trésorerie et d’impayés chez les enseignants

S’agissant des enseignants les raisons de grèves sont souvent liées aux problèmes de trésoreries et aux statuts mêmes de cette profession. Les conditions de travail et les maigres salaires réservés aux enseignants, ont progressivement poussé un grand nombre d’entre eux à abandonner ce métier. D’ailleurs, cette situation crée un déficit en enseignants important dans de nombreux pays africains. Ceux qui restent se battent continuellement pour la revalorisation de leurs statuts. Ainsi, que ce soit au Mali, ou en Guinée, les salaires, la révision du point d’indice ou l’intégration à la fonction publique alimentent les cahiers de charge des différents mouvements de grève.

D’autre part, les retards de paiement divers interviennent également dans les revendications. Il s’agit des retards de salaires, ou de retard des primes variées. Ce point est par exemple évoqué dans les récentes grèves au Togo, où les enseignants réclamaient une indemnité de logement pour le personnel de l’éducation et une prime de travail de nuit. Même constat au Congo, lors de la grève de l’université congolaise Marien Ngouabi mi-avril. Au cœur des préoccupations du personnel de cette structure, le non-paiement des heures complémentaires, supplémentaires, de surveillance et d’encadrement des thèses et des mémoires. Situation identique au Cameroun où 20 000 enseignants sont descendus dans les rues au mois de mars. Les gouvernements africains ont visiblement du mal à honorer leurs engagements vis-à-vis des enseignants et du personnel des établissements.

Aussi, les conditions générales d’apprentissage sont souvent décriées par les grévistes. Elles vont du manque d’entretien des écoles et université, au manque d’équipement didactique. Laboratoires sous-équipés ou inexistants, problèmes de ventilation ou de sanitaire. Mais aussi l’état avancé de vétusté des bâtiments, le manque de tables-bancs ou la surpopulation dans les salles de classe. Des éléments récurrents dans le chapelet de revendication du corps enseignant. À celles-là s’ajoute le nombre d’établissements de plus en plus insuffisants. En effet, l’apparition de nouvelles structures est inadéquation avec l’évolution de la croissance des populations de manière générale.

Les étudiants face aux problèmes de bourses

Les causes de grèves chez les étudiants sont également multiples. Cependant, l’amélioration des conditions d’apprentissage est l’une des principales revendications. Une position qui s’explique dans la mesure où, ils sont les premiers à en subir les conséquences. Bénéficier des meilleures conditions d’apprentissage est un élément important dans la qualité de la formation. De ce fait, tout comme leurs ainés, les étudiants n’hésitent pas à exiger l’amélioration des conditions de manière générale.

De plus, on note aussi les problèmes liés aux bourses universitaires. Ces dernières qui constituent pour de nombreux étudiants, la principale source de revenus et le moyen de subsistance, accusent de nombreux retards. Du coup, les apprenants sont souvent amenés à les réclamer au travers des mouvements de grèves. Ce point fait partie du manifeste des étudiants nigériens qui ont mené une grève violemment réprimée par les forces de l’ordre aux mois de mars et d’avril.

Enfin, les étudiants et élèves descendent dans les rues pour réclamer la reprise des cours. Ces manifestations sont souvent un écho aux grèves menées par leurs enseignants. Par ces marches, ils entendent interpeller les autorités, afin que les doléances de leurs instituteurs et professeurs soient rapidement satisfaites. Par ailleurs, le gouvernement n’est pas la seule cible de ces marches et sit-in, ils sont parfois destinés aux  enseignants grévistes, pour qu’ils reconsidèrent leur position et que leurs mouvements diminuent en rigidité. Ici, les apprenants, conscients d’être les principaux perdants en cas de grève appellent chaque parti à penser à leur avenir, mis en péril par la grève.

Les gouvernements incapables de répondre correctement aux exigences de l’éducation

Les nombreux problèmes que rencontrent le secteur de l’éducation et la formation sont les mêmes depuis de nombreuses années. La plupart résultent de l’incapacité pour les gouvernements de répondre de manière efficiente aux problèmes rencontrés. Au Cameroun, où près de 22 000 enseignants réclamaient des primes et salaires impayés depuis parfois plus de 60 mois, c’est 33 milliards de francs CFA qui étaient nécessaires pour régler la crise. Chez son voisin le Gabon, il aura fallu 11 milliards (sur les 13 milliards initialement annoncés par le ministre de l’Éducation) pour régler les primes d’incitation à la performance (PIP) et Vacations, pour la reprise des cours le 7 avril dernier.

Ensuite, les réponses aux mouvements de grèves sont souvent inadéquates. En réponse aux manifestations, les autorités ont souvent recours à la force. Ce recours, souvent excessif entraîne souvent des bavures. Le 10 avril dernier, les étudiants nigériens descendus dans les rues, ont dû faire face à la police. Lors de ces heurts, un étudiant a perdu la vie suite aux coups reçus par les policiers. En outre, lorsque les marches ne sont pas violemment réprimées, les grévistes doivent parfois attendre de longues semaines avant d’avoir gain de cause. 

Parfois, les gouvernements vont jusqu’à menacer les grévistes syndicalisés, en suspendant leurs salaires. Au Sénégal en 2015 par exemple, le président Macky Sall n’avait pas hésité à ponctionner les salaires des enseignants grévistes de plusieurs dizaines de milliers de Francs. Certains avaient vu leur salaire ponctionné de 50 000 à 150 000 FCFA. Même mode opératoire en mars dernier au Gabon. Dans un premier temps, le gouvernement a sommé les enseignants de reprendre les cours, les mettant sur bon de caisse. Cette mesure leur a permis d’identifier les grévistes et suspendre 807 d’entre eux. Puis, les autorités ont eu à interdire toute activité au principal syndicat de l’éducation et renvoyé de nombreux directeurs d’établissement. Ces mesures avaient provoqué un tôlée parmi les syndicats et la société civile qui qualifiaient ces mesures d’illégales et antidémocratiques.

Un contexte économique difficile en guise de circonstances atténuantes

Les gouvernements se défendent en mettant en avant la charge importante des priorités et la conjoncture économique assez difficile. Les pays africains producteurs de pétrole, sont les premiers touchés. Depuis 2 ans, les recettes de ces états sont en chute libre. Il devient alors difficile pour eux de répondre rapidement aux besoins des grévistes.

À ces deux éléments, s’ajoute le fait que les différentes crises dans l’éducation résultent parfois de la mal-gouvernance passée. Les nouveaux gouvernements se voient donc en charge de la rectification d’erreurs commises parfois des décennies avant eux, et dont les répercutions se font sentir actuellement. Ce caractère rend extrêmement difficile la résolution de certains problèmes, et pas seulement dans le milieu éducatif.

Enfin, les gouvernements font également mention de certaines priorités. Il s’agit de situation qui requiert urgemment leur intervention, au point qu’ils ne sauraient les délaisser au détriment de l’éducation. Cet argument est souvent contesté par les syndicats, qui estiment que l’école devrait justement être une priorité. Ils pointent également du doigt les dépenses parfois jugées non nécessaires (organisation d’événements, financements de projets non urgents, etc.)  

En attendant, en moins de 6 mois, les pays africains tremblent encore sous les contestations des apprenants et enseignants.

 

 


Leave a Comment