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Ces sites de l’esclavage trop souvent oubliés de la conscience collective


Monument aux esclaves, Stone Town, Zanzibar / Mémoire et Histoire de l’Esclavage , Lieux et événements

Afrique actualité -À l’occasion de la  Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions en France , AfricaPostNews est revenu sur des sites marquants la traite négrière ,souvent oubliés ou peu connus .

Le 10 mai marque la commémoration de l’abolition de l’esclavage en France. À cette occasion, chaque année, sont organisées des cérémonies afin de perpétuer la mémoire collective sur l’histoire de l’esclavage. C’est dans les pays situés sur la côte atlantique africaine que l’on retrouve les principaux sites, lieux de mémoire et villes esclavagistes. On peut aisément citer l’île de Gorée au Sénégal, le Cape Coast au Ghana, la ville de Luanda en Angola, le Cap Lopez au Gabon, etc. En marge de ces sites tristement célèbres, il en existe plusieurs méconnus du grand public, mais tout aussi importants.

  • Le mémorial de Stone Town (Tanzanie)

Monument aux esclaves, Stone Town / Zanzibar/ Gregor Rohrig

Situé dans la ville de Zanzibar, ce mémorial rappelle l’ancien marché d’esclaves de la ville. Il représente 5 esclaves liés les uns aux autres par une chaîne. Sur les visages des 5 protagonistes, on peut lire le désespoir et la résignation.

Zanzibar qui signifie en arabe « littoral des noirs » est par son emplacement un point clé de l’installation négrière sur l’Océan indien. C’est à partir de 1698, après l’installation arabo-musulmane que le commerce des esclaves débute. En effet, ayant besoin de main d’œuvre pour la culture de la datte, cet archipel devient rapidement une plaque tournante du commerce négrier de l’Afrique de l’est répondant ainsi à la demande d’esclaves dans les plantations de canne à sucre. Ce marché d’esclaves pris fin en 1873 sous la pression des Britanniques.

  • La porte du non-retour (Bénin)

La Porte du Non Retour, en bordure de l’Océan Atlantique , Bénin

Localisé à 42 km à l’ouest de Cotonou, ce symbole a été érigé à l’initiative de l’UNESCO. Cette porte symbolise la dernière étape effectuée par les esclaves avant d’embarquer dans les négriers qui les transportaient vers l’Occident.

La ville d’Ouidah où est située la porte de non-retour a été un important centre de la traite négrière. C’est à partir du 17éme siècle que les Anglais, Français et Hollandais ont capturé des milliers d’Africains afin de les envoyer en outre Atlantique. Ce trafic est d’autant plus sensible en raison de la participation active de certains rois du Dahomey, de Xweda et d’Allada. Ce trafic humain dura 3 siècles et arracha des millions d’Africains à leur terre d’origine.

  • Le port négrier de Bimbia (Cameroun)

 

Une vue de l’ancien marché des esclaves datant du 18e siècle dans le village de Bimbia, dans le sud-ouest du Cameroun. CRÉDITS : CAMTOUR

C’est dans la localité de Bimbia, qu’on peut retrouver ce port qui représente 10 % du trafic de la traite négrière. Sur place, on peut encore trouver des traces du passé : mangeoires d’esclaves, chaînes métalliques et surtout l’accès donnant directement sur l’île de Nicholls, lieu d’embarquement des esclaves vers l’Amérique.

L’Afrique étant de tradition orale, il a été très difficile de classer le port de Bimbia comme étant un patrimoine de l’esclavage à tel point qu’aujourd’hui beaucoup doutent encore de la véracité de la participation de ce site à la traite négrière. Heureusement, grâce à l’engouement grandissant de certains Afro-Américains, le site de Bimbia a gagné en notoriété. C’est à la suite de travaux de recherche qu’il a été confirmé qu’une douzaine de navires sont partis de Bimbia emportant près de 2500 hommes selon la chercheuse américaine Lisa Marie Aubrey.

  • Le palais Dona Ana Joaguina (Angola)

Le palais Dona Ana Joaguina / Luanda

Localisé à Luanda, le palais Dona Ana Joaquina abrite actuellement un tribunal. C’est un bijou d’architecture qu’on peut admirer pour ses belles proportions et sa façade principale. Il a malheureusement été réhabilité sans pour autant conserver son passé historique de site de la traite négrière.

Épouse de Joaquim dos Santos Silva, colon portugais, Ana Joaquina est connue comme étant une des plus grandes marchandes d’esclaves en Angola. La légende dit qu’elle arrivait à expédier des centaines d’esclaves grâce à un canal souterrain qui allait de son palais à la pointe Isabel. Rappelons que l’Angola est l’un des premiers pays colonisés par les Européens. Les esclaves capturés sur place étaient envoyés dans les mines et les plantations au Brésil et à Cuba.

  • Le musée Ma-Loango (République du Congo)

 

Le site du musée Ma-Loango / Congo

Le musée régional des arts et traditions Ma Loango est situé à 25 km de Pointe-Noire dans la ville de Diosso, ancienne capitale du royaume de Loango. C’est l’ancien palais royal du roi Moe Patty III. Ce musée est un espace de mémoire, d’histoire et de culture qui abrite 10 collections où l’esclavage est omniprésent.

Le port de Loango, principal port d’Afrique Centrale est le centre de l’embarcation de plus de deux millions d’esclaves. Ceux-ci viennent du Gabon, du Tchad, de la RDC, du Congo et même de l’Angola. À côté du port, on peut retrouver d’autres vestiges de la traite négrière : le grand marché, les 3 manguiers qui servaient de comptoir, l’arbre de l’oubli, l’embarcadère. Les esclaves de la région étaient ensuite transportés vers l’Amérique du Sud et les Antilles.

  • Fort d’Aumale (Gabon)

 Anciennement « village d’Okolo », le fort d’Aumale est créé en 1844 par Édouard Bouët, un amiral de l’administration française qui donna son nom au principal marché de Libreville. Ce fort est le point de départ de la colonisation française. Il sera ensuite appelé « le comptoir du Gabon » servant de point d’entrée dans le pays et permettant aux colons de signer des traités.

Par ailleurs , la traite négrière étant interdite, le fort d’Aumale sert de lieu de débarquement en 1850 de 27 hommes, 23 femmes et 2 enfants. Ces derniers sont des esclaves libérés du négrier brésilien « L’Elizia » en provenance du Sénégal. C’est alors qu’un village de liberté fut créé, non loin du Fort d’Aumale, donnant son nom à la capitale du pays : Libreville. De même en Sierra Leone, la capitale du pays Freetown est également la ville d’anciens esclaves libérés par des abolitionnistes.

Un devoir de mémoire encore trop absent des consciences

L’Afrique a été marquée dans sa chair par l’esclavage, mais trop peu de sites sont connus pour avoir été des acteurs clés de la traite négrière. C’est un constat amer que de remarquer l’absence du devoir de mémoire du continent face à 4 siècles de barbarie humaine. Que ce soit par les programmes scolaires, les musées vieillissants ou inexistants, les commémorations des évènements qui ont marqué le continent, l’Afrique reste encore attachée à sa tradition de transmission qui reste principalement orale et malheureusement approximative. Au 21éme siècle, il serait peut-être temps grâce aux avancées des outils de l’information que les citoyens ainsi que les pouvoirs publics mettent en place des moyens et des programmes sérieux afin de mettre en lumière l’histoire riche de ce continent.

 

 


1 Comment on this Post

  1. Anonyme

    Renaitre, c’est aussi rétablir l’ordre historique. Ce sont des patrimoines, qu’il faut conserver jalousement car c’est notre histoire.En chine par exemple, sur le palais de l’été, il est mentionné une phrase qui rappelle ce que les occidentaux ont fait aux chinois dans le passé. Un chinois m’a dit que c’est pour que les générations futures ne l’oublient pas. Ce n’est pas une incitation à la haine de l’autre,au contraire, c’est une construction intellectuelle.

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