Share

Polémique après le reportage de M6 sur la diaspora africaine de Paris


© honestreporting.com

Dimanche 14 Mai, la chaine française M6 a diffusé un reportage axé sur la « blackgeoisie » africaine. Cette émission était censée se focaliser les noirs de la capitale française qui ont réussi. Suscitant l’intérêt de la jeunesse africaine sur les réseaux sociaux notamment Twitter, celle-ci n’a pas manqué de décrier tout au long de l’émission les clichés et stéréotypes décrits dans ce reportage.

Les clichés grossiers du reportage

« Blacks, chics et festifs : secrets et succès des Africains de Paris » : tel est le titre du reportage de M6. Le premier faux pas de l’émission réside dans l’utilisation du mot « black » pour désigner les noirs comme si le fait d’employer le mot noir était tabou, interdit, gênant. On entend même le commentateur aller jusqu’à créer un terme jamais utilisé dans la communauté noire mais qui a l’air tout à fait normal : « la blackgeoisie », mélange des termes black et bourgeoisie. Rappelons que la bourgeoisie désigne une classe sociale plutôt aisée. Le fait de préciser « bourgeoisie noire » insinue maladroitement que pour la population noire, il est primordial de préciser car ce n’est pas normal pour cette population de faire partie des plus aisés.

Tout au long du reportage, on s’attend à voir le portrait de jeunes africains tels qu’avocats, ingénieurs, businessman, entrepreneurs, banquiers etc. Mais la réalisation du reportage a plutôt voulu se concentrer sur une jeunesse africaine qui aime faire la fête, dépenser dans des boites de nuits, s’acheter des beaux costumes, se faire belle.

Les caméras nous ont montré l’organisation d’une soirée africaine dans une boîte où les jeunes dépensent des milliers d’euros pour se faire plaisir, le mariage «coutumier » d’une jeune congolaise et d’un antillais avec en prime la dot expliquée de façon sommaire par la voix off, un groupe de jeunes sapeurs qui se lance dans la mode très tendance du wax, les « champs Elysées black » qui sont en réalité le boulevard de Strasbourg du quartier Château Rouge, une petite Afrique où l’on peut trouver « des cacahuètes et même d’énormes poissons », la mise en place d’un tissage qui montre comment les filles noires passent du court au long en 5 minutes, la vie rêvée de la Miss Togo 2017 entre son pays d’origine qui est un « petit pays coincé entre le Ghana et le Bénin » et la France, et pour finir le culte dans une église parisienne. Autant de faux pas qui n’ont pas échappé aux internautes qui se sont fait un plaisir de commenter les clichés grossiers du reportage.

Dénoncer sans agir n’a jamais servi à rien

« Tant que les lions n’auront pas leur propre histoire, l’histoire de la chasse glorifiera toujours le chasseur », écrivait le grand auteur nigérian Chinua Achebe. En d’autres termes, aussi longtemps que les noirs laisseront les grands médias occidentaux raconter leur histoire, ce problème persistera.

Oui, il y a des noirs entrepreneurs, avocats, journalistes, brillants, intelligents qui réussissent dans un monde à majorité blanche. Oui, les médias s’entêtent à montrer des clichés qui ne présentent pas le vrai côté de l’Afrique. Oui, l’Afrique c’est un continent composé de 54 pays. Mais ne dit-on pas que celui qui contrôle les médias contrôle les esprits. Que ce soient les multiples scandales de la presse écrite française qui banalise de plus en plus le racisme ou le manque de représentation de la communauté noire dans le cinéma ou les médias mainstream, la diaspora africaine ne finira jamais  de se plaindre.

Le rôle de l’éternelle victime ne sera jamais la solution pour résoudre le manque de représentation adéquate dont est digne la communauté noire. Beaucoup d’efforts ont déjà été faits dans ce sens notamment sur les réseaux sociaux où la communauté noire a su trouver ses ambassadeurs au fil des dernières années. Il faudra donc redoubler d’efforts et s’organiser de façon sérieuse pour créer des médias, des livres, des films, des dessins animés, des chaines de télévision, des magazines dont les têtes pensantes seraient la diaspora africaine.


Leave a Comment