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Cameroun : Ouverture du procès contre Camrail et Bolloré


Des passagers du train Intercity quittent les lieux de l’accident, vendredi 21 octobre à Eseka, au Cameroun. © STRINGER / AFP

Actualité Cameroun – Après plus de 6 mois d’attente, le procès de la catastrophe ferroviaire survenue à Eseka en octobre dernier s’est ouvert ce mercredi 17 mai 2017 à Douala. Le procès vise notamment la Cameroon Railways (Camrail), une filiale du groupe français Bolloré, son Président Directeur Général ainsi que le directeur général de la filiale Bolloré Transport et Logistics, suite à la plainte de deux familles de disparus.

 La tragédie causée par le déraillement d’un train du groupe Bolloré avait eu lieu le 21 octobre 2016 à 120 km de Yaoundé à proximité de la gare d’Eseka. Elle avait fait officiellement 79 morts et plus de 600 blessés. Trois enquêtes avaient été ouvertes pour déterno-mining les causes exactes de l’accident. Aussi, une commission d’enquête avec à sa tête Philémon Yang, le premier ministre camerounais fut mise en place afin de déterno-mining les causes de l’accident et de proposer des « mesures visant à limiter les risques de survenance d’une telle catastrophe à l’avenir ». La compagnie Bolloré ouvrit parallèlement une enquête interne. Malheureusement, aucun résultat desdites enquêtes ne fut rendu public. Cependant, un rapport d’expert mit en évidence la « défaillance du système de freinage ».

Face à la détresse des familles qui tiennent pour responsable le groupe Bolloré, il était impératif qu’un procès se tienne afin de lever le voile sur ce qui s’est réellement passé. Ainsi, plus de six mois après l’accident le premier procès contre la Cameroon Railways (Camrail) s’est ouvert au tribunal de première instance (TPI). Initialement prévu pour débuter lundi, le procès avait été immédiatement renvoyé à mercredi pour « indisponibilité » de la juge désignée.

L’avocat des parties civiles, Me Michel Voukeng, avait demandé la comparution physique de Vincent Bolloré et du directeur général de Camrail Didier Vandenbon. Quant à l’avocat de Camrail, Me Serges Zangue, il a estimé que cette procédure engagée par des proches de victimes « n’est pas un procès en responsabilité engagée contre Camrail ». Malheureusement, le procès a été de nouveau reporté à vendredi, le temps que le tribunal examine la requête en « irrecevabilité de la plainte » et « incompétence du tribunal » déposée par les avocats de la défense.

« Un procès pas comme les autres »

Les multiples reports du procès ainsi que l’absence des accusés laissent plus que perplexes et sans voix les familles des victimes. Chose étrange la juge, Mme Mbangue , a déclaré mercredi qu’elle ne « voyait pas en quoi la présence des personnes physiques est nécessaire en matière de référé ».

Par ailleurs, selon l’avocat des parties civiles, le procès qui se déroule actuellement n’est pas destiné en premier lieu à faire la lumière sur les raisons de ce drame. Ainsi il affirme « Le juge des référés, c’est le juge de l’urgence. Vu l’état de détresse psychologique des familles, il est urgent qu’on leur apporte des réponses. Cela n’interfère pas sur le fond du dossier, mais nous ne sommes pas sur les causes du sinistre. Des personnes demandent à ce qu’on leur rende les corps ou les restes de leurs proches disparus pour pouvoir faire leur deuil. »

En outre selon Me Voukeng la tragédie d’Eseka aurait pu être évitée si le groupe Bolloré se souciait plus de ses passagers que ses intérêts capitalistes. « Aujourd’hui, la justice recherche une veuve et un orphelin. Mais ce procès est aussi celui du capitalisme d’une certaine France contre les pays africains (…) Quand un conducteur dit qu’il ne peut démarrer parce qu’il n’y a pas de freins. Qu’est-ce qui oblige des gens à mettre les trains en route malgré cette défaillance ? Tout simplement parce qu’il y a le tableau de bord financier » a-t-il conclu .

 

 


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