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Le retour aux cheveux naturels : mouvement d’une génération 2.0 ?


La nappy fever a d’abord pris aux Etats Unis dans les années 2000, avant de toucher les diasporas en Europe et enfin l’Afrique © Perle d’Afrik

Qu’il s’agisse de militantisme, d’une question de santé ou d’identité, le retour aux cheveux naturels connaît un véritable succès dans la communauté afro depuis ces 10 dernières années.

Retour sur le phénomène

« Alors, tu es devenu (e) nappy ? »

Nappy. Voici le mot derrière lequel est porté le retour au naturel. Si aujourd’hui il désigne la contraction positive de « natural and happy », il n’en a pas toujours été ainsi.

Son utilisation, ségrégationniste, date en réalité de la traite négrière désignant en anglais la « couche crépue » assimilée aux cheveux des esclaves.

Le terme est d’ailleurs parfois contesté aux États-Unis notamment, où les organisations liées aux cheveux afros préfèreront le terme « Natural Hair ».

Les « Nappy » ce sont donc celles qui ont décidé d’arrêter, progressivement ou radicalement, l’utilisation de défrisants en arborant plutôt leurs boucles, coupes afros ou coiffures protectrices.

La nappy fever a d’abord pris aux États-Unis avant de toucher les diasporas en Europe et enfin l’Afrique.

L’Afrique a donc été le dernier continent a suivre le mouvement. On peut néanmoins y trouver des résistances où l’offre en matière d’expertise du cheveu afro et produits spécialisés se fait encore attendre.

Mouvement d’une génération 2.0 ?

Être bien coiffé dans beaucoup de cultures et d’autant plus dans les mœurs africaines, c’est important.

D’après une étude menée par l’institut Ak-a, une femme noire utiliserait 9 fois plus de produits capillaires et 5 fois plus de produits de soins qu’une femme de type caucasien.

Cependant un afro brut ou avoir des cheveux « au vent » n’a pas toujours été compatible avec l’idée que nos aînés se faisaient d’une tête présentable.

Les jeunes Africaines s’en souviennent, des heures passées assises par terre étant petites à se faire peigner par leurs mères, la tête se balançant dans tous les sens en se faisant tresser ou défriser les cheveux. Dresser la tignasse était l’idée, entre autres.

Avant même de pouvoir avoir conscience de la texture afro, le défrisant a été très tôt une habitude pour beaucoup.

Mais qu’est-ce qui a facilité l’émergence du mouvement « nappy » ces 10 dernières années ?

On le voit sur Facebook, Instagram, Youtube, les hashtags #nappy #bigchop #shrinkage… Entre « twist out », « bantu knots » et autres, tout un vocabulaire s’est fait connaître, a évolué avec l’avancée du mouvement, mais surtout a connecté les intéressé(e)s entre eux.

Plus que le choix d’arrêter de se défriser les cheveux, les adeptes du mouvement ont l’occasion de s’informer à travers les expériences de chacun publiées sur Internet, des blogs spécialisés ou encore des tutoriels sur YouTube. Les e-shop spécialisés sont florissants et la connaissance des produits adaptés aux différentes textures de cheveux aussi.

Que l’on veuille se libérer du conformisme capillaire, affirmer son identité ou dire non aux produits défrisants, Internet et les réseaux sociaux ont sans aucun doute joué un rôle important dans le choix et la facilitation du retour au naturel. Ces plateformes collaboratives ont en effet permis aux individus d’être de plus en plus informés là où de nombreux salons de coiffure ne savent pas toujours répondre à une clientèle aux cheveux frisés ou crépus.

Force est de constater que le marché des cheveux afro a explosé ces dernières années et ce nouveau souffle capillaire intéresse de grands groupes tels que L’Oréal en ayant racheté des marques spécialisées comme Carol’s Daughter par exemple.

A contrario, l’utilisation des produits défrisants a elle, diminuée de 18,6 % entre 2013 et 2015 (source : Mintel).

Morgane LANOY

Rédactrice invitée

Africapostnews


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