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Gabon : Ali Bongo et ses collaborateurs conspués par des gabonais à New York


Ali Bongo, Estelle Ondo, Guy Rossatanga-Rignault et Martin Boguikouma
Ali Bongo, Estelle Ondo, Guy Rossatanga-Rignault et Martin Boguikouma

News Gabon (Africapostnews) – Arrivés à New York (États-Unis) ce dimanche 4 juin pour prendre part à la Conférence de haut niveau des Nations unies sur les océans, le président gabonais Ali Bongo et sa délégation ont reçu un accueil glacial de Gabonais qui se sont mobilisés devant leur hôtel. Hués, conspués, poursuivis, insultés et parfois apostrophés, les officiels Gabonais ont dû affronter la fureur de leurs opposants qui les accusent d’être à l’origine des violences post-électorales qui ont émaillé de l’élection contestée d’Ali Bongo en aout 2016.

Le Peninsula New York Hotel, situé sur la Ve avenue, la plus célèbre de New York, a été le théâtre d’un nouvel épisode de l’affrontement politique que se livrent depuis des mois Ali Bongo et Jean Ping par militants interposés.

Une dizaine de Gabonais, informés de l’arrivée à New York d’Ali Bongo, se sont mobilisés devant l’hôtel où il séjourne pendant son séjour. Ali Bongo n’étant pas présent à leur arrivée sur les lieux, le groupe d’opposants a attendu l’arrivée de ses proches collaborateurs. Profitant de la présence dans la rue de plusieurs officiels Gabonais parmi lesquels Estelle Ondo (ministre de l’Économie forestière), Guy Rossatanga-Rignault (Secrétaire général de la présidence) et Martin Boguikouma (Directeur de Cabinet d’Ali Bongo), les opposants en ont profité pour les conspuer.

Des collaborateurs d’Ali Bongo poursuivis et Martin Boguikouma apostrophés dans la rue

Plusieurs vidéos que nous avons visionnées permettent de retracer le film des événements. Ainsi, alors qu’ils se tenaient dans une rue, les opposants ont vu arriver, à pied, Guy Rossatanga-Rignault et Matin Boguikouma.

Traité d’ « assassin » par des Gabonais s’étant rapproché de lui, le Secrétaire général de la présidence a préféré ignorer ces accusions et a continué de se diriger vers son hôtel. Martin Boguikouma a quant à lui peu apprécié d’être filmé dans la rue. D’un geste il a saisi le téléphone d’un manifestant qui le suivait avant de le lui remettre.

Quelques minutes plus tard, devant l’entrée de l’hôtel, la ministre Estelle Ondo a été huée. Elle a ensuite discrètement quitté l’hôtel en compagnie d’un garde-corps.

Dans l’une des vidéos (cf. ci-dessous à 5 minutes 10 secondes), un membre du personnel d’un hôtel où le secrétaire général de la présidence s’était réfugié, dans une scène surréaliste, demande à Martin Boguikouma de quitter les lieux alors qu’à l’extérieur l’attendaient des manifestants désireux de régler des comptes. À sa sortie de l’hôtel, le Directeur de cabinet d’Ali Bongo a été saisi par un manifestant qui l’accusait d’avoir voulu l’agresser quelques minutes plus tôt, à son arrivée à l’hôtel.

« Toi tu as voulu m’agresser ? Tu arraches mon téléphone. Faut plus avoir peur, tu as voulu m’agresser. Je vais te taper. », a crié un manifestant attrapant Martin Boguikouma par le bras avant que celui-ci ne retourne se réfugier dans l’hôtel.

Manifestement dépassés par les événements, les deux collaborateurs de l’hôtel postés à l’entrée ont de nouveau invité Martin Boguikouma à sortir avant de fermer la porte d’entrée de l’hôtel derrière lui causant l’hilarité parmi les manifestants. Insulté, poursuivi et apostrophé par des opposants manifestement remontés, Matin Boguikouma a essayé de rejoindre l’hôtel où il avait sa chambre située à proximité en ayant à ses trousses des manifestants.

« Je ne vous connais pas mon frère. Qui vous a menacé ? Regardez ce que vous faites, regardez mon frère, calmez-vous. Vous attaquez des compatriotes. Qui est mort au Gabon ? […] Vous ne connaissez pas mon visage ? On est des frères attention. » a-t-il assené aux manifestants qui le bousculaient dans la rue alors qu’il marchait à grands pas vers son hôtel.

Ali Bongo accueilli sous les huées

Quelques minutes plus tard, informés par les policiers new-yorkais présents sur place de l’imminence de l’arrivée d’Ali Bongo à l’hôtel Peninsula, les opposants, postés en face de l’hôtel, ont crié des slogans hostiles au président gabonais.

« Bongo est un assassin ! Bongo est un meurtrier ! Assassin ! Tu n’es pas le président du Gabon. Tu dois partir. », ont-il hurlé dès qu’Ali Bongo est arrivé sur les lieux pourtant sécurisés par un important dispositif policier qui tenait les manifestants à bonne distance.

Malgré les huées de ses opposants, Ali Bongo est rentré dans son hôtel en n’y prêtant pas attention (cf. vidéo ci-dessous).

Pour rappel, ce n’est pas la première fois que des membres de l’entourage d’Ali Bongo sont pourchassés. Le 24 mars, des membres du gouvernement gabonais avaient été coincés dans leur hôtel parisien pendant des heures par des dizaines de manifestants hostiles à la politique du régime. Quelques semaines auparavant, c’était la présidente de la Cour constitutionnelle, Marie-Madeleine Mbourantsouo et son conjoint Lin Mombo, qui avaient été eux aussi conspués dans un hôtel pendant un séjour aux États-Unis.

Suite à ces événements, africapostnews a voulu donné la parole à un manifestant et à un membre de la délégation d’Ali Bongo. Si les manifestants ont accepté de s’exprimer de bonnes grâces, dans l’entourage d’Ali Bongo on n’a pas souhaité communiquer sur le sujet.  Un proche collaborateur du président gabonais a cependant dit trouver ces actes indignes, estimant qu’ils sont l’œuvre de « voyous ».

Interview de Yorrick & Elvine Belinda (Manifestants)

Les membres du Conseil gabonais de la résistance New York (CGR-NY)
Les membres du Conseil gabonais de la résistance New York (CGR-NY)

Africapostnews : Pourquoi avez-vous protesté contre la présence d’Ali Bongo et sa délégation aux États-Unis ?

Yorrick & Elvine Bélinda : Nous voulions montrer au monde entier la véritable face d’Ali Bongo, attirer et mobiliser l’opinion  publique internationale surtout, car beaucoup ignorent ce qui s’est passé au Gabon.

Nous voulions aussi donner une voix a ceux qui au Gabon sont morts pour leur vote, leur liberté d’expression et ceux qui ne peuvent pas s’exprimer de peur des conséquences (arrestation, torture, assassinat).

Nous voulions enfin donner du courage à ceux à qui on a dit que les Gabonais ont peur ou sont des lâches. Leur montrer que nous sommes nombreux à aimer notre patrie et prêts à risquer nos vies pour elle. L’esprit de nos martyrs est une réalité pas une utopie.

En quoi a consisté votre manifestation ?

On a décidé de se réunir avec les membres des diasporas d’autres villes. On n’avait pas beaucoup de monde, pas beaucoup d’informations, pas de plan, mais nous voulions répondre à l’appel de l’histoire.

On savait que c’était un moment historique pour notre pays. On s’est organisé. Notre Conseil gabonais de la résistance New York – CGR NY (NDLR Organisation proche de l’opposant Jean Ping) est un organisme enregistré. Nous n’étions peut-être pas prêts pour cet évènement spécifiquement, mais nous nous sommes préparés en nous organisant et nous structurant afin d’être préparés à toutes éventualités.

Sur certaines vidéos de votre manifestation, on voit des échanges virils entre des manifestants et des collaborateurs d’Ali Bongo. Avez-vous violenté des collaborateurs d’Ali Bongo ?

Dans nos protestations, contestations et démarches, nous nous attelons à respecter les lois en vigueur du pays. Nous n’avons violenté personne.

En traquant l’équipe d’Ali Bongo, on a commencé à les filmer et à l’instar de ce qu’ils font au Gabon ou la liberté d’expression est supprimée. Le Directeur de cabinet d’Ali Bongo (NDLR Martin Boguikouma) n’a pas supporté d’être filmé et a perdu sa patience essayant d’arracher le téléphone d’un de nos collègues. Voyant qu’il y a eu du répondant de notre côté (chose à laquelle encore une fois ils ne sont pas habitués, car au Gabon protester n’est pas un droit), il s’est réfugié dans un hôtel sur la rue prétendant être la victime alors qu’il était l’agresseur.

La sécurité de l’hôtel une fois les choses expliquées l’a mis dehors et il est retourné à l’hôtel Peninsula. En entrant dans l’hôtel, il a menacé l’un des manifestants lui faisant savoir que pour avoir exercé son droit de protester il ne pourrait plus rentrer au Gabon.


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