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Gabon : un haut fonctionnaire licencié après avoir demandé aux entreprises privées de financer les obsèques du mari de sa ministre


Les ministres Irène Lindzondzo (en haut) et Madeleine Berre
Les ministres Irène Lindzondzo (en haut) et Madeleine Berre

News Gabon – Dans une série de courriers officiels datés du 12 juin 2017, Jean François Moukawa Ngonga, directeur de cabinet de la ministre déléguée auprès du ministre de la Promotion des investissements privés et du Commerce, invitait les opérateurs économiques à apporter leur soutien pour l’organisation des obsèques du mari de Madame la ministre. Assimilé à du racket institutionnel, ce courrier a suscité de vives réactions sur les réseaux sociaux. Gêné par les nombreuses critiques auxquelles il a dû faire face quant à l’absence d’éthique de Jean François Moukawa Ngonga, le ministère de la Promotion des investissements privés a décidé le 15 juin de mettre fin aux fonctions de l’intéressé.

Habitude du ministère ou acte isolé d’un haut-fonctionnaire ? Difficile de savoir. Dans un courrier portant l’en-tête du ministère de la Promotion des investissements privés et la référence 0064/MPIPCIT/CAB/DC, le directeur de cabinet de la ministre délégué Irène Lindzondzo, informait des chefs d’entreprises privées du décès de Christophe Lindzondzo, l’époux de la ministre.

Dans le deuxième paragraphe de son courrier (cf. ci-dessous), on peut lire : « Face à cette triste et douloureuse épreuve, j’ai l’honneur de solliciter en votre qualité  d’opérateur économique du pan sectoriel dont elle (NDLR la ministre) a la charge, un soutien multiforme ». Pour accompagner son courrier, Jean François Moukawa Ngonga a joint le programme des obsèques du conjoint défunt de la ministre Irène Lindzondzo.

Exemple de courrier adressé aux chefs d’entreprises
Exemple de courrier adressé aux chefs d’entreprises

Jean François Moukawa Ngonga seul sanctionné, les ministres se dédouanent

Dans les heures qui ont suivi leur envoi aux dirigeants d’entreprises, plusieurs courriers circulaient déjà sur la toile et se partageaient via la messagerie instantanée Whatsapp suscitant l’indignation.

Le 15 juin, le buzz créé par son courrier a obligé Jean François Moukawa Ngonga à réagir. Dans un communiqué audio pour le moins étrange, il affirme que son courrier est une initiative personnelle qui n’engage pas la ministre. Cependant, comment se prévaloir d’une initiative personnelle lorsque le courrier envoyé revêt un caractère officiel et porte l’en-tête du ministère ?

« Il est de ma responsabilité, en tant que premier collaborateur de Madame la ministre de trouver des voies et moyens de soulager un tant soit peu ses difficultés. Je pensais simplement soulager Madame la ministre […] en sollicitant des opérateurs économiques placés sous notre tutelle une mobilisation afin de partager sa douleur », s’est défendu Jean François Moukawa Ngonga.

Communiqué de Jean François Moukawa Ngonga,

Ce communiqué, devenu lui aussi viral à cause des justifications étonnantes du directeur de cabinet de la ministre Irène Lindzondzo de l’acte qu’il a posé, a suscité une nouvelle fois l’indignation.

Il n’en fallait pas plus pour que les deux ministres en poste dans son ministère réagissent. Dans la soirée du 15 juin, un communiqué a été publié. Les ministres font reposer l’entière responsabilité de ce scandale sur Jean François Moukawa Ngonga, se dédouanent et mettent fin à ses fonctions.

« Le ministre de la Promotion des investissements privés, du Commerce, du Tourisme et de l’Industrie, ainsi que son ministre délégué, tiennent à affirmer qu’elles ne se reconnaissent en aucun cas dans cette démarche qui relève d’une initiative strictement personnelle et privée.

Elles condamnent avec la plus grande fermeté de tels agissements, d’autant plus qu’ils vont à l’encontre des valeurs d’éthique prônées par  le Président de la République ainsi que par le Gouvernement.

Au regard de la gravité de la faute commise, Mme le ministre délégué auprès du ministre de la Promotion des investissements privés, du Commerce, du Tourisme et de l’Industrie, met fin aux fonctions de directeur de cabinet de M. Jean François Moukawa Ngonga. », peut-on lire dans le communiqué du ministère.


2 Comments on this Post

  1. abdelkurt

    Quelqu’un à parler d’éthique !… ou j’me trompe ?

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  2. Nous gabonais qui sommes à l’étranger en tant qu’étudiant sommes devenus honteux à cause du comportement immature de ceux qui sont censés gérer et faire fonctionner nos institutions internationales ! Au lieu de chercher à vous dédommager d’une soit disant perte d’une être que nous tous avons connu essayer plutôt de revoir le statu des étudiants africains sur le plan des offres de formations , des programmes linguistiques ou même des programmes voyage travail dont nous ne pouvons bénéficier à cause de l’ignorance et de la mentalité de nos dirigeants.
    Comment peux-t-on apporter de l’expérience au pays si lorsque ton tuteur ne peux s’occuper de toi lorsque tu es à l’étranger, l’Etat gabonais n’a rien prévu pour te permettre d’être un acteur actif de son économie????
    Que Dieu ai pitié de nous africains que nous sommes.

    Répondre

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