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[Gabon] Intrusion d’un commando dans plusieurs médias : le pouvoir et l’opposition se renvoient la responsabilité


Ali Bongo, Roland Désiré Aba'a Minko et Jean Ping
Ali Bongo, Roland Désiré Aba’a Minko et Jean Ping

News Gabon (Africapostnews) – Vendredi des individus armés et encagoulés ont fait irruption dans plusieurs médias pour tenter de faire diffuser une bande vidéo appelant à l’insurrection. 24h après les faits, on ignore toujours qui sont ces gens et quels étaient leurs mobiles. Si le procureur de la République près le tribunal de Libreville a dit avoir ouvert une enquête, le pouvoir et l’opposition se renvoient déjà la responsabilité.

La sortie « révolutionnaire » de l’opposant Roland Désiré Aba’a Minko donnant 72 heures à Ali Bongo pour quitter le pouvoir et sa menace de faire exploser des bâtiments publics n’a laissé personne indifférent dans la classe politique gabonaise. La déclaration de l’opposant a immédiatement été suivie par l’intrusion d’un commando dans des médias où ils auraient laissé des explosifs non enclenchés.

On ne sait toujours pas si les 2 affaires sont liées. En effet, beaucoup pensent que Roland Désiré Aba’a Minko n’a pas les moyens par lui-même d’organiser de telles opérations dans un pays hyper militarisé. Alors qui est responsable ?

Pour le pouvoir, il s’agit d’une tentative de déstabilisation de Jean Ping

Lorsque la question de la responsabilité des événements du 16 juin est posée à des membres du gouvernement gabonais, la réponse est invariablement la même. « C’est Jean Ping et l’opposition qui tentent déstabiliser le pays par tous les moyens ».

Unanimement, plusieurs personnalités proches du pouvoir et en situation de responsabilité dans la haute administration publique interrogées par africapostnews.com rappellent que tout est parti d’une « déclaration insurrectionnelle » de l’opposant Roland Désiré Aba’a Minko, membre de la coalition qui soutient Jean Ping.

Dans l’entourage d’Ali Bongo on parle même d’un « autobracage » de l’opposition pour se poser en victime.

« Comment pouvez-vous expliquer que le communiqué de la coalition pour la nouvelle République dans lequel le gouvernement est accusé de tentative d’intimidation publié après les événements soit daté de la veille ? Comment ont-ils su à l’avance ce qui allait se passer ? », lâche-t-on au ministère de la Défense.

Sur ce dernier point, un communicant de la coalition que nous avons contacté plaide l’erreur d’inattention. Il affirme que « bien que daté du 15 juin, ce communiqué a bien été rédigé le 16 ». Une nouvelle version du communiqué, datée cette fois-ci du 16 juin a été publiée sur le compte twitter de Jean Ping.

Pour l’opposition, il s’agit d’une manipulation du pouvoir en prélude à l’arrivée de la CPI

Dans l’opposition, il n’y a pas de doute. Pour Marc Ona Essangui, le leader du mouvement « Tournons la page », il s’agit d’une affaire montée de toute pièce par le pouvoir. « Quel est l’intérêt de l’opposition dans cette séquence ? Aucun », a-t-il déclaré.

Quant à la coalition qui soutient Jean Ping, elle a mis en garde le pouvoir.

« La coalition déjà informée depuis des jours, de projets visant à la déstabiliser et à attenter directement à la vie des différents leaders, et particulièrement Jean Ping exprime sa vive préoccupation », indique un communiqué signé de l’opposant et ancien ministre Anaclé Bissielo.

Quant à Jean Gaspard Ntoutoume Ayi, il a tenu à dédouaner le leader de l’opposition gabonaise. « Jean Ping n’est concerné ni de près ni de loin par cette action » a-t-il déclaré à nos confrères de RFI.

Pour un autre opposant proche du parti « Les démocrates », il n’y a aucun doute. « C’est une machination du pouvoir. » a-t-il dit.

« Confrontés à des difficultés multiformes, ils veulent étouffer l’opposition avec une affaire grotesque. Qui peut croire qu’on peut faire une déclaration insurrectionnelle à 100 mètres du commissariat central de Libreville sans être inquiété ? Qui peut croire qu’un commando inconnu peut faire le tour de la ville en toute quiétude ? C’est de la fumisterie », a-t-il conclu disant attendre les suites qui vont être apportées à cette affaire.

Sur cette affaire, l’opposant et ancien ministre de la Justice Séraphin Moudounga a déclaré : « Les explosifs étant des armes militaires, la traçabilité de leur acquisition, depuis le fabricant jusqu’à cet acheteur et / ou utilisateur et ancien candidat insignifiant de la présidentielle de 2016 au Gabon, en passant par le vendeur,  peut être  aisément élucidée si telle est la volonté populaire pour que prennent définitivement fin des pareilles instrumentalisations. »

L’opinion de Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, opposant et porte-parole de Jean Ping

Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, le porte-parole de Jean Ping
Jean-Gaspard Ntoutoume Ayi, le porte-parole de Jean Ping – Crédits : Gabonreview

« Si le Pouvoir devait servir des événements du 16 juin 2017 pour tirer d’autres conclusions que la nécessité d’une procédure judiciaire respectueuse des règles de l’État de droit, alors les Gabonais comprendraient ce qui est recherché.

On ne peut ne pas s’interroger sur le lien entre ces événements et la peur panique qui a gagné le pouvoir à l’annonce de la venue de la mission de la CPI au Gabon.

On ne peut ne pas s’interroger sur le lien entre les événements du 16 juin 2017 et le blocage institutionnel dans lequel se trouve le pays et qu’opportunément un État d’exception viendrait régler.

Enfin, une seule question peut être posée. À qui cela profite-t-il ? À Jean Ping ? Non. À la Coalition ? Non plus.

Les décisions du pouvoir dans les jours qui viennent seront donc un indicateur pertinent qui permettra de déterno-mining les motivations et les conséquences des graves événements du 16 juin 2017 ».


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