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Guerre des ports : pourquoi Bolloré a déjà perdu face à Olam au Gabon


Vues du port général cargo d'Olam et du terminal d'Owendo opéré par Bolloré
Vues du port général cargo d’Olam et du terminal d’Owendo opéré par Bolloré

News Gabon (Africapostnews) – La filiale gabonaise du groupe singapourien Olam a créé un séisme dans l’environnement portuaire gabonais. En l’espace de 10 mois, Gabon special economic zone (GSEZ), l’une des filiales gabonaises du groupe a mis en service 2 ports (un port minéralier et un port cargo) à Owendo. Situés à quelques encablures du port historique d’Owendo, le groupe Olam est venu mettre définitivement fin au monopole et à la rente portuaire qui faisaient jusqu’alors la fortune du groupe Bolloré.

Habitué à opérer des ports sur la façade atlantique africaine en l’absence de toute concurrence, le groupe Bolloré a été contraint de changer ses méthodes au Gabon par le groupe Olam. Chargé de l’exploitation et de la valorisation de la zone économique spéciale de Nkok, en même temps qu’il intervient dans l’agriculture et possède des usines de valorisation de l’huile de palme et bientôt de l’hévéa, le groupe Olam a décidé de ne pas utiliser les installations portuaires du groupe Bolloré pour ses opérations d’import-export par voie maritime.

Face à l’engorgement du port d’Owendo opéré par Bolloré où le temps d’attente des navires en rade est compris entre 48 et 72h, le groupe Olam a décidé d’ériger son propre port, plus moderne et plus entendu. Il se positionne désormais comme une alternative à celui opéré par Bolloré.

La réduction des couts de passage portuaires comme objectif

Pour réaliser ses deux ports, Olam Gabon n’a pas freiné ses dépenses. 500 millions de dollars ont été investis pour permettre la réalisation des infrastructures en 2 ans.  La zone portuaire du port général cargo de GSEZ compte entre autre un guichet unique, une agence de shipping, un parc d’engins de levage, des hangars, une station-service mais surtout la plus importante flotte de camion du Gabon. Au plan de logistique, la concurrence qu’oppose désormais le port général cargo d’Olam est si rude, que la société des terminaux à containers du Gabon (STCG, filiale de Bolloré), va nécessairement perdre des parts de marché et faire une modernisation, voire une extension de son port à marche forcée.

Pas peu fiers de leur nouvel outil portuaire, les dirigeants de GSEZ Port affichent la réduction des couts de passage portuaires comme l’une de leurs principales priorités.

« Il était primordial à nos yeux d’avoir un coût de passage portuaire moins cher, ce que nous avons réussi grâce à nos équipements performants qui permettent de diminuer le temps des opérations, donc de nos coûts », a indiqué Bertand Rose, le directeur général de GSEZ Port interrogé par notre confrère L’UNION

Ce pari, Olam Gabon l’a déjà en partie gagné et le groupe Bolloré en a fait les frais. En effet, l’annonce de la mise en service su port général cargo de GSEZ a contraint STCG, la filiale locale de Bolloré à réduire de 40% les tarifs de l’acconage et des denrées de première nécessité importés, réduisant ainsi ses marges.

Le port d’Olam, plus moderne et mieux équipé que celui de Bolloré

Une comparaison des fiches techniques des 2 ports permet de comprendre pourquoi le port général cargo d’Olam représente une véritable menace pour le terminal d’Owendo géré par la STCG du groupe Bolloré.

En effet, tant sur la longueur des quais (690 mètres contre 475 mètres), que sur la capacité annuelle théorique (300 000 EVP contre 250 000) ou sur le nombre de grues de déchargement (3 contre 2) et de remorqueurs (18 contre 15), le port général cargo d’Olam surpasse le terminal d’Owendo de Bolloré.

En outre le port d’Olam va proposer des services et des installations qui n’existent pas à ce jour chez son concurrent. 8 silos à grains d’une capacité de 10 000 tonnes chacun et une cuve de stockage d’huile de palme d’une capacité de 8 000 tonnes sont installés dans la zone portuaire et serviront aux industriels et aux importateurs.

Le groupe Bolloré, qui a bien compris que son business model qui reposait fortement sur son monopole est menacé, aurait décidé d’attaquer l’Etat gabonais en justice. Pour le groupe français, l’ouverture à la concurrence du secteur ne respecterait pas les accords contractuels qu’il aurait avec l’Etat gabonais. La justice tranchera ce différend, cependant il semble illusoire de penser qu’à Owendo, le groupe Bolloré peut encore régner seul sur la façade maritime gabonaise.


1 Comment on this Post

  1. Guy Roger Remboundou

    The tide is up now.

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