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Sénégal : le gouvernement impuissant face aux abus sur les enfants des écoles coraniques


Talibés Sénégal
Au Sénégal, un grand nombre d’élevés des écoles coraniques sont réduits à la mendicité. Crédits : Seneweb

Actualité Sénégal – Le gouvernement sénégalais avait lancé en 2016 une vaste opération destinée à retirer des rues les quelque 50.000 enfants mendiants, venant majoritairement des pensionnats des écoles coraniques. Malheureusement, un rapport de Human Rights Watch (HRW) publié un an plus tard a révélé que la plupart des enfants recueillis dans les rues par les autorités y étaient retournés. Notamment auprès des maîtres coraniques responsables de leur mendicité forcée.

Au Sénégal, il est courant de voir des enfants mendier dans les rues. Ces enfants proviennent pour la plupart d’écoles coraniques et sont forcés à ce sort par leurs enseignants abusifs. Les disciples de ces écoles coraniques sont appelés « talibés » au Sénégal.

Le gouvernement sénégalais après les multiples rappels à l’ordre des organismes internationaux de défense des droits de l’homme a décidé en juin 2016 de lancer un programme nommé « retrait des enfants de la rue » qui permettrait de sortir 50000 enfants de la rue.

Ainsi, à Dakar entre juin 2016 et mars 2017, près de 1.550 enfants mendiants ont été recueillis, dont 1.089 talibés, soulignent le rapport de l’organisation Human Rights Watch (HRW) et la Plateforme pour la Promotion et la Protection des droits de l’Homme (PPDH).

À la base, les enfants sont envoyés par leurs familles, souvent loin de leurs maisons, pour obtenir une éducation dans les écoles islamiques (daaras). Mais de nombreuses écoles abusent des enfants qui sont sous leur garde.

Selon Jim Worthington, chercheur en Afrique de l’Ouest pour HRW, il est fréquent que ces enfants soient envoyés dans la rue pour mendier.  Les maîtres coraniques n’hésitent pas à les punir sévèrement s’ils ne rapportent le montant d’argent requis.  Ils sont régulièrement privés de nourriture en guise de punition.

« La partie la plus triste du problème est que l’enfant soit mis dans une situation aussi vulnérable : ils sont battus, abusés sexuellement ou enchaînés parce qu’ils n’ont pas réussi à ramener l’argent » ajoute-t-il.

Si plusieurs centaines d’enfants ont pu rejoindre leurs familles après être passés par des centres d’accueil, d’autres, moins chanceux (plus d’un millier), ont été renvoyés auprès de leurs maîtres coraniques.

Des mesures répressives existantes, mais rarement mises en application

Face à cette situation, Mamadou Wane coordinateur de la PPDH, souhaite tirer la sonnette d’alarme face au projet : « On ne parle pas d’échec, mais on alerte », a-t-il déclaré lors d’une conférence de presse pour présenter ce rapport, précisant qu’il restait environ 28.500 enfants mendiants dans les rues de Dakar.

Selon le rapport, le programme prit un coup à cause du manque de ressources pour soigner et nourrir les enfants et aussi à cause l’absence d’une répression dissuasive envers les maîtres impliqués dans la mendicité forcée. Pourtant, il existe une loi contre la mendicité des mineurs, datant de 2005 rarement appliquée qui prévoit deux à cinq ans de prison et une amende allant de 500.000 FCFA à 2.000.000 FCFA contre les oppresseurs.

Pour pallier au problème, les ONG souhaiteraient que l’Assemblée nationale « s’efforce de mettre fin à la mendicité forcée et accélère l’adoption du projet de loi portant statut des daaras » datant de 2013.

 


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