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[HORIZONS NOUVEAUX] : Enfants soldats, victimes de la guerre


Enfant soldat
Enfant soldat // DR cipadh.org

En 2010, un rapport accablant est publié par l’ONU. On y découvre des données aux teintes moroses, traumatisantes. Ce rapport sur les enfants dans les conflits armés met le monde, l’Afrique face à un défi urgent : l’éradication du recrutement d’enfants par des forces gouvernementales ou par des forces rebelles et la réinsertion des enfants soldats dans la société.

Avant d’aller plus loin, rappelons-nous la définition d’un enfant soldat. Un enfant soldat est un enfant combattant de moins de 18 ans. Effaçons donc le poncif du petit enfant africain de 7 ans avec une mitraillette dans les mains de nos esprits et élargissons notre champ de vision.

Que ce soit l’adolescent robuste, la fille très développée ou le petit garçon chétif, nous devons être en alerte.

En effet, ces enfants, au destin tragique, sont exploités pour diverses besognes : des tâches ménagères au combat en passant par l’exploitation sexuelle. De ce fait, aucun profil ne peut être ignoré.

Instinctivement, certains pourraient douter sur la réelle nécessité d’intervenir pour sauver ces enfants en soulignant la violence imprégnée en ces derniers ; d’autres pourraient se résigner à l’abandon en considérant l’irréversibilité du traumatisme. Il est important de dépasser cette phase instinctive afin d’intégrer le fait culminant de ce sujet : les enfants soldats sont des victimes !

Je me risquerais même à déclarer qu’ils sont les premières victimes des conflits armés qui les impliquent.

L’on parle d’êtres à la conscience à peine pointue, dont l’innocence est à peine écorchée, capturés à des fins meurtrières ou serviles, éternellement privés de leur précieuse enfance, fondement même du projet de l’homme en société.

Nous décelons dans ce recrutement illégal plusieurs crimes : l’enlèvement, la torture, l’esclavage, les maltraitances sexuelles… Au vu de tout ce qui précède, il serait scandaleux de ne pas traiter ces enfants, nos petits frères, nos petites sœurs, comme des victimes. Ils ne sont coupables de rien, absolument rien ! Leur seule faute est d’avoir été au mauvais endroit au mauvais moment ou, encore pire, d’être né au mauvais endroit.

Certes, la question délicate de la situation des enfants soldats touche toute notre planète mais elle est plus qu’alarmante sur notre continent, qui comptait, en 2010, 1/3 de la totalité des enfants soldats.

Il est important de distinguer les pays qui recrutent toujours des enfants soldats et les pays qui n’en recrutent plus et qui présentent un taux de démobilisation non négligeable mais dans lesquels l’on retrouve encore des enfants soldats dans certaines régions.

Dans le premier cas, le Mali, la Côte d’Ivoire, le Tchad, la République Centrafricaine, la République Démocratique du Congo, le Soudan et le Sud-Soudan étaient concernés en 2010 et, étant donné le travail profond que nécessite une démobilisation complète, le sont certainement toujours à l’heure actuelle.

Dans le deuxième cas, la Guinée, le Rwanda, le Burundi, la Somalie, et l’Angola, entre autres, se sont illustrés par des efforts notables de démobilisation et qui devraient servir de référent à tous les pays qui aspirent à suivre la même voie.

La démobilisation représente, certes, une étape importante dans cette lutte mais il ne s’agit là que de la seconde bataille de cette dernière.

La prévention, mentionnée au début de mon propos, est le point de départ de notre combat.

Oui, je parais sotte en envisageant de prévenir des actes inopinés et exercés par des forces qui n’entendent point raison mais essayons de voir plus grand, ou même plus petit.

Tentons de voir plus grand pour commencer. Généralement les enfants soldats sont recrutés lors de guerres civiles ou de rebellions populaires, à la fois par les forces gouvernementales qui cherchent à élargir leurs rangs et par les forces rebelles qui profitent d’un investissement peu couteux et d’un endoctrinement plus aisé. Il est évidement plus commode d’entretenir un enfant et de le pousser à commettre des exactions en profitant de sa conscience fragile.

Alors, la stabilité, la sécurité et la justice devraient suffire, de manière utopique, à éradiquer le recrutement de ces victimes. Oui, vous l’avez compris, je parle de la paix dans le monde !  Bien qu’elle soit si souvent menacée, transgressée ou tout simplement inexistante, elle serait la solution la plus efficace au problème des enfants soldats.

L’on constate que dans la plupart des régions concernées par ce phénomène pernicieux, le conflit résulte souvent de querelles politiques ou de périodes électorales tendues. Tout cela implique donc directement la classe politique qui se doit de mesurer l’impact qu’elle peut avoir dans la vie des populations précisément dans la vie de ces enfants, vulnérables.

Nous, Africains, pouvons témoigner de ces situations graves où l’on a l’impression que tous nos élus et nos responsables agissent sans la souvenance qu’ils représentent un peuple dont les conditions de vie peuvent basculer au gré de leurs décisions, de leurs actions voire de leurs caprices.

Il nous sera impossible ou, avec beaucoup d’optimisme, très laborieux de gagner ce combat sans une responsabilisation franche de la classe politique.

Maintenant, si l’on allait plutôt dans les profondeurs de la lutte ? Les rapts seraient moins nombreux si les kidnappeurs savaient que la victime serait rapidement identifiée, retrouvée et récupérée. Intimider le prédateur, telle est une solution viable.

Pouvons-nous imaginer que certains confrères ne sont pas répertoriés, totalement inconnus des services publics ? Cette négligence est une porte ouverte au prédateur, qui profite de l’invisibilité de ses proies. Ce n’est pas par hasard que ces jeunes combattants sont kidnappés dans des petits villages, souvent enclavés. Ce détail prend une grande ampleur dans le caractère général de la prévention du recrutement des enfants soldats.

On dénombre par dizaines ce genre de détails qui modifieraient la physionomie de la prévention.

Nous avons évoqué la prévention, la démobilisation, nous arrivons à la dernière étape, nettement la plus ardue : la réinsertion. Comment réinsérer nos enfants rescapés dans la société ?

Cet objectif ambitieux mais primordial ne s’atteint pas avant de franchir des obstacles qui découragent une large part de ceux qui s’adonnent à l’exercice.

Faire face aux différentes manifestations du traumatisme de l’enfant démobilisé peut effrayer ou même traumatiser. Dans la période qui suit la démobilisation, un accompagnement méticuleux s’impose pour que l’enfant s’accepte en tant que victime et non bourreau, pour qu’il s’acclimate à un climat pacifique, stable après des mois, voire des années, dans la violence mais également pour l’aider à surmonter le sevrage, qui s’avère, régulièrement, pénible physiquement et psychologiquement.

Cet accompagnement serait d’une valeur infime s’il ne se limitait qu’à un groupe de personnes ou à la famille, au psychologue de la victime.

La tâche concerne la société.

Toutes les exactions perpétrées, toutes les vies arrachées n’en font pas moins des enfants qui doivent être pris en charge par nous tous. Un enfant soldat rescapé, délaissé par la suite, représente un danger majeur pour la société qui l’entoure. Ainsi, il est dans l’intérêt de tout un chacun de participer à la réinsertion douce, totale de nos enfants dans la société. Sans cette dernière, tout travail réalisé avant, de prévention, de démobilisation, serait vain.

Et si nous réfléchissions pour eux ? Et si nous les aidions ? Si seulement nous nous unissions, infailliblement, pour leur cause, leur destin grisé pourrait-il retrouver des couleurs ?

Nous avons un défi à relever.

Nous avons une génération à sauver.


3 Comments on this Post

  1. Bonjour Hirmana !
    Bel article. Vraiment, ce problème pèse tellement en ce moment dans nombre de pays africains en guerre.
    Bonne continuation.

    Répondre

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