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Afrique du Sud/Apartheid – Procès Timol : un policier dénoncé par sa fille assigné à comparaître


Joao Rodrigues, dernier policier à avoir vu Ahmed Timol en vie

Justice Afrique du Sud – le nouveau procès devant établir les conditions exactes de la mort du militant anti apartheid, Ahmed Timol, suit son cours à Pretoria. Lundi, la justice entendait Joao Rodrigues, dernière personne à avoir vu la victime en vie. Si tout le monde le pensait mort, il n’en n’est en fait rien.

Joao Rodrigues est le dernier policier à avoir vu Ahmed Timol en vie avant son présumé suicide. Son témoignage pourrait permettre de faire la lumière sur les circonstances de la mort du militant indien. Militant anti-apartheid et communiste, Ahmed Timol se serait suicidé en sautant des locaux de la police alors qu’il était en détention.  Une thèse réfutée par la famille qui réussi en 2016 à obtenir la rouverture du dossier Timol. Pourtant, lorsqu’ils recherchent des éléments pour étayer leur version, les détectives privés affirment que Rodrigues est mort.

Adieu alors, à l’un des témoignages cruciaux de ce dossier. Mais c’était sans compter sur la fille de Rodrigues. Peu de temps avant la réouverture officielle du dossier, elle rentre en contact avec le procureur pour dénoncer son père qu’elle affirme bel et bien vivant. Un rebondissement inespéré dans cette affaire.

Lors de la dernière audience, le juge Mothle demandait la comparution de tous les policiers encore en vie. Trois, selon des sources judiciaires.

La thèse du suicide réaffirmée par le policier

Lundi, cet ancien comptable dans la police s’est présenté à la barre en s’appuyant sur une béquille. Le sergent Rodrigues qui a bien vieilli depuis, a réaffirmé la thèse du suicide. Il a, de manière très détaillée, raconté cet après midi d’octobre 1971. Fidèle à son premier récit, il persiste et signe : Timol s’est jeté de la fenêtre du 10e étage de l’immeuble John Vorter Square. « Tout s’est passé très vite. Je voulais l’arrêter mais la chaise sur laquelle j’étais assis était sur le chemin. J’ai perdu l’équilibre, je suis tombé. Je l’ai vu ouvrir la fenêtre et plonger par la fenêtre (…). Je suis sorti du bureau et j’ai crié que Timol avait sauté. » Concernant d’éventuelles blessures ante-mortem présentes sur le corps de l’activiste, il est formel, il n’y en avaient pas.

Une version qui contredit celles de plusieurs experts. En effet, un spécialiste de la santé expliquait la semaine dernière qu’au vu de l’étendue des sévices corporels subit par la victime il lui aurait été impossible de faire ce saut mortel. Par ailleurs, un ingénieur en aéronautique assurait que la trajectoire de la chute suggérait plutôt une chute provoquée par un tiers. En d’autres termes, le récit fait par Rodrigues ne tiendrait pas la route.

Le juge a d’ores et déjà prévenu l’ancien sergent sur son éventuelle implication dans la mort de l’activiste. « Au terme de cette enquête, si je trouve que vous avez joué un rôle qui a pu causer la mort d’Ahmed Timol, vous risquez d’être poursuivi. » Plus de 70 cas de présumés suicides ont été recensés à l’époque au quartier général de la police sous l’apartheid. Jusqu’ici aucun policier n’a jamais été reconnu coupable. Si la justice venait à donner raison à la famille de Timol, cela marquerait un précédent et déboucherait surement sur l’ouverture d’autres enquêtes similaires.

 


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