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Gabon : quand les politiques règlent leurs comptes au cocktail Molotov


Des responsables politiques gabonais victimes d'agression au cocktail Molotov
Des responsables politiques gabonais victimes d’agression au cocktail Molotov

News Gabon (Africapostnews) – Au cours des dernières semaines, les domiciles de plusieurs leaders politiques ont été attaqués à l’explosif artisanal. Aucune victime n’est à déplorer. Cependant, depuis la fin de l’élection présidentielle de 2016, on observe la recrudescence des attaques au cocktail Molotov contre des personnalités politiques. Si ces attaques visent principalement des responsables de l’opposition, désormais des membres de la majorité sont aussi visés.

Ces violences qui ressemblent à des règlements de comptes en bonne et due forme se déroulent en toute impunité. Malgré l’ouverture d’enquêtes, aucune d’entre elle n’a été concluante à ce jour.

Tentatives d’assassinat

L’opposant Alexandre Barro Chambrier, proche de Jean Ping et président Rassemblement Héritage & Modernité (RHM), a été la première personnalité politique dont le domicile a été attaqué à l’explosif artisanal après l’élection présidentielle contestée d’aout 2016. La nuit du 4 au 5 septembre 2016, des individus filmés par une caméra de vidéosurveillance, ont positionné leur véhicule devant la concession de l’opposant, avant d’en sortir et de lancer des cocktails Molotov. Les explosifs artisanaux, lancés à 2 heures du matin, visaient la chambre à coucher d’Alexandre Barro Chambrier. « L’acte a été prémédité, cela ne souffre d’aucun doute. Attenter à ma vie et à celle  des membres de ma famille en était clairement l’objectif au regard de l’heure à laquelle cet acte a été posé […]  de telles violences ne pourront affaiblir la volonté du peuple de rompre avec un système qui le ternit dans la misère », avait alors déclaré Alexandre Barro Chambrier.

Dans la foulée de l’attaque du domicile d’Alexandre Barro Chambrier, la résidence de l’ancien vice-premier ministre Séraphin Moundounga avait également reçu la visite de vandales qui ont fait usage de cocktails Molotov. Informé que son domicile devrait être attaqué, il l’avait quitté précipitamment pour se mettre à l’abri.

Dans la nuit du 14 au 15 juin, le siège de l’Union nationale (UN), l’un des principaux partis d’opposition au Gabon, a été attaqué au cocktail Molotov. Plusieurs explosifs artisanaux ont été lancés dans la concession sise au quartier Ancienne Sobraga. L’attaque a causé peu de dégâts, cependant les responsables du parti ont saisi la police judiciaire (PJ). « Nous avons alerté aussitôt les autorités en tête desquels le ministre de l’Intérieur et une plainte contre X a été déposée à la PJ avec une copie au procureur de la République. Cet après-midi (NDLR le 15 juin) le président du parti a adressé un courrier au ministre de l’Intérieur pour attirer son attention sur ces faits inquiétants », avait indiqué son Secrétaire exécutif adjoint.

Dans la nuit du 24 au 25 juin, le pire a été évité de peu au domicile de l’opposant Michel Menga M’Essone. La résidence du secrétaire général du RHM a reçu la visite nocturne d’individus « munis de bidons d’essence et cocktail Molotov qu’ils ont aspergés dans la partie garage de l’habitation endommageant ainsi des véhicules au parking ». Pour Michel Menga M’Essone, il n’y a pas de doute, on a voulu incendier son domicile alors que sa famille s’y trouvait. Imputant la responsabilité de cet acte au régime du président gabonais Michel Menga M’Essone avait déclaré : « Avec cet acte de trop, le peuple gabonais découvre le visage réel des tenants de ce pouvoir, des petites gens, sans cœur, sans principe de vie et sans valeurs, qui choisissent d’assassiner leurs propres concitoyens. ».

Menaces de mort

Autre victime de règlements de compte politique, l’ancien ministre Paul Malekou. Le domicile de ce dignitaire a été attaqué au cocktail Molotov dans la nuit du mardi 27 au mercredi 28. Des véhicules stationnés dans sa concession du PK8 dans le 3e arrondissement de Libreville ont été vandalisés. Des individus non identifiés, avaient aspergé les véhicules d’essence avant d’y mettre le feu, certainement dans le but de les faire exploser. Cette nuit-là, la catastrophe fut évitée de justesse par le gardien de nuit qui avait réussi à circonscrire rapidement le feu.

L’attaque du domicile de Paul Malekou, père de l’activiste Marceau Malekou, est intervenue quelques jours après que ce dernier, en compagnie d’autres gabonais de la diaspora, avait conspué Edouard Valentin, le beau-père d’Ali Bongo, sur la terrasse d’un bar parisien (cf. vidéo ci-dessous).

Peu avant, dans une vidéo devenue virale sur les réseaux sociaux, des jeunes se présentant comme des soutiens du Directeur de cabinet d’Ali Bongo, menaçait de représailles et de morts les membres de la diaspora qui avaient humilié Martin Boguikouma alors qu’il accompagnait le Chef de l’exécutif à New York.

Cette vidéo qui a suscité l’émoi dans l’opposition qui y voit un appel clair à la violence et des menaces de mort assumées, n’a suscité aucune réaction des autorités. Aucun des jeunes, pourtant facilement identifiable dans la vidéo, n’a été interpellé ni interrogé par les services de police.

Le 27 juillet à Port-Gentil, la capitale économique située sur la façade atlantique, un véhicule de police a été complètement incendié. Le départ de feu avait probablement pour origine un cocktail Molotov. Le fait que Port-Gentil soit reconnu comme une citadelle de l’opposition a conduit des membres du parti démocratique gabonais (PDG au pouvoir) à imputer la responsabilité de cette attaque et de la violence à ce bord politique. « Comment est-ce possible d’attaquer un bâtiment de la police aussi facilement ? Nous avons une opposition pacifiste, faut rechercher les responsabilités de cet incendie ailleurs », s’était empresser de répondre un opposant, responsable du parti Les Démocrates.

Le 31 juillet, les équipes de l’opposant Jean Ping, en poste à son quartier général (QG) de Libreville, ont été surprise de découvrir que le bâtiment a également été attaqué avec des cocktails Molotov lancés depuis l’extérieur de la concession. Il y a eu un départ de flamme au niveau du balcon d’un des étages supérieurs. Une fenêtre a été consumée (cf vidéo). Là aussi, les auteurs de cet acte criminel demeurent inconnus.

Propos injurieux et xénophobes

Les membres de l’opposition ne sont pas les seules victimes des attaques à l’explosif artisanal. Simon Ntoutoume Emane, un ancien ministre proche d’Ali Bongo, a eu son domicile attaqué au cocktail Molotov dans la nuit du 31 juillet au 1er aout. Une aile du bâtiment a pris feu. La clôture de sa concession a été taguée avec des propos injurieux et xénophobes rappelant son origine camerounaise.

Pour les vandales, Simon Ntoutoume Emane serait un « ingrat » parce que ses positions politiques sont à l’opposé de celles de son « père adoptif », l’ancien premier ministre Jean-François Ntoutoume Emane, l’un des principaux soutiens de Jean Ping.

Alors que les agressions de ce type se multiplient, le gouvernement gabonais n’a cessé d’annoncer l’ouverture d’enquêtes qui semble-t-il n’ont jamais abouti. Les criminels qui s’adonnent à ces actes courent toujours.


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