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Congo : Me Abitbol « Les conditions de détention d’Okombi Salissa sont extrêmement difficiles »


Me Clément Abitbol, l'opposant Okombi Salissa et Me Stéphanie Le Meignen
Me Clément Abitbol, l’opposant Okombi Salissa et Me Stéphanie Le Meignen

Depuis plusieurs mois, André OKOMBI SALISSA, l’un des principaux opposants au régime du président congolais Denis Sassou Nguesso, est en prison sans jugement. L’un de ses avocats, Me Clément Abitbol et Me Stéphane Le Meignen nous ont accordé une interview exclusive où ils parlent notamment des conditions de détention de leur client et des méandres d’une affaire qui traine en longueur.

Africapostnews : L’opposant André OKOMBI SALISSA est détenu depuis le 10 janvier à la maison d’arrêt de Brazzaville. Quelles sont ses conditions de détention ?

Me Clément Abitbol et Me Stéphanie Le Meignen : Les conditions de détention imposées à notre client sont particulièrement préoccupantes.

Il est incarcéré au sein des locaux de la DGST depuis maintenant près de 7 mois.

Or, s’il bénéficie d’une cellule individuelle, il n’a pas l’autorisation de sortir de sa cellule, et ce depuis le premier jour de son incarcération. Il a donc passé près de 7 mois sans pouvoir sortir à l’extérieur.

En outre, Il subit un isolement total depuis le début de sa détention. Il est privé de tout contact humain en dehors de ses gardiens et des rares entrevues avec ses Conseils.

Monsieur OKOMBI SALISSA est aussi privé de toute communication avec sa famille depuis son incarcération.

Enfin, son isolement est aggravé par le fait qu’il n’a pas accès à d’autres livres que des livres religieux.

Ces conditions de détentions sont donc extrêmement difficiles.

Votre client est accusé d’atteinte à la sureté intérieur de l’Etat. Où en est cette affaire ?

Monsieur OKOMBI a été interpellé le 10 janvier et a été mis en examen le 23 janvier 2017. Il a été placé en détention provisoire par décision du même jour.

Nous avons été informés de la réalisation d’un seul acte depuis cette mise en examen : une reconstitution, à laquelle ni Monsieur OKOMBI, ni l’un de ses Conseils n’était présent et/ou convoqué.

Monsieur OKOMBI n’a, par ailleurs, toujours pas été entendu par le magistrat instructeur.

Ainsi, les seules avancées réelles de ce dossier concernent la bataille que nous menons pour que les droits de la défense de Monsieur OKOMBI soient respectés et qu’il ait notamment le droit de contester la régularité de la procédure, qui est, manifestement entachée de nullité.

André OKOMBI SALISSA a saisi la chambre d’accusation afin de contester la régularité de la procédure ayant conduit à son incarcération. Cette saisine a été rejetée. Quels recours vous restent-ils ?

Monsieur OKOMBI, après avoir vu sa requête en nullité déclarée irrecevable par la Chambre d’Accusation, a saisi le Cour Suprême, invoquant le fait que, sans nul doute, le droit pénal congolais lui accordait le droit de contester une procédure menée à son encontre.

Dans un arrêt du 28 juillet 2017, la Cour Suprême lui a donné raison et a ordonné à la Chambre d’Accusation d’exano-mining la régularité de la procédure.

Cette prochaine étape est donc fondamentale et nous espérons que, comme l’a fait la Cour Suprême, la Chambre d’Accusation fera preuve d’indépendance.

Le traitement particulier réservé à Monsieur OKOMBI reste préoccupant. Il doit pouvoir bénéficier d’un procès juste et équitable.

Plusieurs leaders de l’opposition sont incarcérés au Congo. Pensez-vous que votre client est victime d’un procès politique ?

De très nombreux opposants politiques congolais ont été incarcérés suite aux élections législatives et présidentielles.

Dans ce contexte, l’arrestation d’un responsable politique, candidat à l’élection présidentielle, suscitent de légitimes interrogations sur le bien fondé des poursuites menées à son encontre.

Le 28 juillet, le pool des avocats d’André OKOMBI SALISSA s’est indigné de l’indifférence de la communauté internationale face aux prisonniers politiques au Congo. Qu’attendez-vous de la communauté internationale ?

La Communauté Internationale a témoigné à plusieurs reprises de ses légitimes préoccupations concernant la détention d’opposants politiques.

S’il n’appartient pas à un Etat de s’immiscer dans une procédure judiciaire en cours, la Communauté Internationale reste très attachée au respect des conventions et traités internationaux ratifiés par la République du Congo.

Or, le traitement particulier réservé à Monsieur OKOMBI reste préoccupant. Il doit pouvoir bénéficier d’un procès juste et équitable.

Dans ce cadre, la bataille que nous menons sur le plan judicaire afin que Monsieur OKOMBI puisse bénéficier d’une procédure loyale et respectueuse des droits de la défense.

L’indifférence totale de la communauté internationale face à cette situation ne poussera pas le régime congolais à restaurer l’état de droit qui devrait pourtant prévaloir au Congo.

Nous mobilisons toutes nos ressources pour obtenir la libération immédiate de notre client, cette libération devant elle-même contribuer à apaiser les tensions, car André

Des organisations des droits de l’homme parlent d’un durcissement du régime du président congolais Denis Sassou Nguesso. Partagez-vous ce point de vue ?

L’avènement d’une nouvelle constitution dans des circonstances confuses a divisé la classe politique et la société au Congo.

André Okombi Salissa est de l’aile qui réclamait l’alternance démocratique par le maintien de la constitution du 20 janvier 2002.

Dans cette confusion, la justice congolaise fait ce qu’elle peut pour échapper à l’instrumentalisation contre l’opposition congolaise. Ce pays va très mal, les tensions sont vraiment visibles.

Nous mobilisons toutes nos ressources pour obtenir la libération immédiate de notre client, cette libération devant elle-même contribuer à apaiser les tensions, car André Okombi Salissa est une voix qui compte pour rassembler les congolais.

Les droits de la défense sont-ils assurés dans le cadre du procès d’André OKOMBI SALISSA ?

L’exercice des droits de la défense est particulièrement difficile.

En effet, aucune correspondance écrite n’est possible entre Monsieur OKOMBI et ses défenseurs.

En outre, les Conseils de Monsieur OKOMBI ont les plus grandes difficultés pour obtenir des droits de visite.

Plus encore, lorsque ces visites sont autorisées restent limitées dans le temps et se déroulent en présence des surveillants, aux mépris du principe de la confidentialité.

Enfin, nous avons le plus grand mal à avoir un libre accès à la procédure.

Propos recueillis par Mays Mouissi


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