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Gabon : opération Mamba, vaste fumisterie ?


Dossier Gabon – En décembre 2016 un conseiller du Président de la République, Hervé Patrick Opiangah a accordé une interview au quotidien l’Union.Interview dans laquelle il annonça que tous les responsables ayant été coupable de détournement de fonds publics seraient traqués.

 

Très vite après cette interview, le 10 janvier 2017 précisément, on apprit l’interpellation de Mr Magloire Ngambia ancien ministre et conseiller spécial du président. Son audition à la Direction Générale de Recherches de la gendarmerie nationale (DGR) fut très vite suivie d’un déferrement au parquet et d’une mise sous mandat de dépôt à la prison centrale de Libreville.

Le 11 janvier 2017 le ministre du pétrole, Etienne Dieudonné Ngoubou, fut démis de ses fonctions et convoqué le lendemain à la DGR pour une audition qui connut le même épilogue que celle de Mr Ngambia. Ces deux anciens dignitaires seront les premiers d’une longue liste.

Du Directeur Général des douanes au coordinateur des bassins versants, en passant par le n°2 de l’Agence Nationale des Grands Travaux, ils sont une dizaine tous placés sous mandat de dépôt pour détournements de fonds publics.

Dans un pays traversant de graves tensions de trésorerie, une opération « main propre » est effectivement plus que souhaitable afin d’atteindre une gestion efficiente des deniers publics.

 

Scepticisme généralisé 

Cependant quelques zones d’ombre semblent subsister. D’aucuns pourraient douter de la probité de cette opération. Tout d’abord, la vitesse avec laquelle les choses se sont déroulées peut rendre le Gabonais lambda circonspect. Vague impression de machination bien huilée voire une mise au pilori d’anciens fidèles tombés en disgrâce.

Il est par exemple reproché à Magloire Ngambia d’avoir détourné 750 millions d’euros pendant les six ans où il était chef de département ministériel. La somme paraît tellement faramineuse qu’on se dit naturellement qu’elle n’aurait pu être détournée sans attirer l’attention de ses supérieurs hiérarchiques.  

Et s’ils soutiennent le contraire, on serait en droit de se poser des questions sur la capacité des dirigeants gabonais à gérer les deniers publics.

Nul procès en incompétence ne leur est fait ici, mais il est difficilement compréhensible que plusieurs centaines de millions d’euros manquent dans les caisses et que personne n’ait donné tout de suite l’alerte. Le simple fait qu’un dysfonctionnement aussi important ait eu lieu sous d’autres cieux,  que des démissions auraient été présentées si ce n’est des procès pour faute grave.

Quant à l’ex-ministre du pétrole il lui est reproché également des malversations et des montages financiers dans le cadre d’une enquête sur la gestion de l’argent public destiné aux travaux hydrauliques, bien qu’aucune précision sur le montant détourné et sur les montages financiers mis en oeuvre pour dissimuler cet argent n’ait été donnée.

L’autre fait qui peut laisser sceptique est la rapidité avec laquelle la justice gabonaise a mis en lumière les mécanismes financiers qu’auraient mis en place  ses hauts fonctionnaires pour dissimuler l’argent public. D’elle-même, sans qu’ils n’aient eux-mêmes avoué.

À titre d’exemple il a fallu des décennies aux enquêteurs français, qui ont pourtant plus de ressources que leurs confrères gabonais, pour établir les responsabilités dans l’Angolagate ou dans l’affaire Elf.

Mamba est-il objectif ?

Ces doutes se renforcent lorsqu’on apprend que des entorses à la loi sont faites.

En effet, les conseils de Mr Ngoubou on introduit des demandes de mise en liberté provisoire. Des demandes qui n’ont jamais reçu de réponse. Tout d’abord auprès du juge d’instruction et ensuite auprès de la chambre d’accusation.

Quand bien même l’article 122 du code de procédure pénale commande qu’en cas de non-réponse du bureau du procureur et de l’instance citée plus haut, le prévenu doit être remis en liberté d’office.

Dans des cas si emblématiques, le justiciable gabonais peut s’attendre à ce que l’accusation soit irréprochable et ne prenne pas le risque d’un vice de procédure.

 

Cette démarche de la justice gabonaise  visant à appréhender ceux qui ont détourné des fonds publics, ne sera jamais combattue par quiconque.

L’opinion publique serait encore plus satisfaite si elle se départait d’un certain parti pris.

Quid de Serge Rufin Okana, patron de la Société Nationale des Bois du Gabon (SNBG), dont les comptes bancaires logés dans les paradis fiscaux ont été révélés par le quotidien Libération suite à la fuite des documents bancaire dit « Panama Papers» ? Seydou Kane, entrepreneur, proche de la présidence, a été cité lui aussi dans cette même affaire, en plus d’être cité dans un dossier de corruption (affaire « Marck »). Affaire qui l’aura conduit quelques heures en garde à vue. S’ensuivra une mise en examen pour «  corruption d’agent public étranger, abus de bien social, blanchiment en bande organisée, recel, faux et usage de faux ».

Quid de Blaise Louembe, Ali Akbar Onanga Y’Obeghe et Yves-Fernand Manfoumbi, tous haut fonctionnaire aux fortunes intraçables?

On pourrait également évoquer le cas de l’ancien directeur du cabinet et actuel haut Représentant du Président de la République, Maixent Accrombessi. Il avait été placé en garde en vue en France pour être entendu dans une affaire de corruption et de blanchiment. Les autorités gabonaises n’ont jamais donné de suite à ces affaires.

 

Quid de Marie-Madeleine Mborantsouo, présidente de la cour constitutionnelle et belle-mère du président Gabonais ? Elle est l’objet d’une procédure en France pour détournements de fonds publics et blanchiment en bande organisée.

Pour que cette opération ne soit pas considérée comme un règlement de comptes, il faut qu’elle ne donne pas l’impression de choisir ses proies. Qu’elle soit intransigeante et juste avec tous. Dura lex, Sed lex.

SW

 


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