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« M. Bilié-By-Nze, comment expliquez-vous que le budget alloué aux étudiants soit 4 fois supérieur à ceux des ministères en charge de l’Education »


Geoffroy Foumboula Libeka  (à gauche) et Alain-Claude Bilié-By-Nze
Geoffroy Foumboula Libeka (à gauche) et Alain-Claude Bilié-By-Nze

Le 8 octobre, le ministre gabonais de la communication Alain-Claude Bilié-By-Nzé déclarait que chaque étudiant gabonais coutait à l’Etat 20 millions de FCFA. Au regard de l’investissement réalisé par l’Etat gabonais pour les étudiants, il estimait que l’augmentation des droits universitaires proposée par le gouvernement était justifiée. Toujours selon lui, c’est une manière de faire participer les étudiants au financement de leur formation. En désaccord, avec Alain-Claude Bilié-By-Nzé, Geoffroy Foumboula Libeka, le président de l’ONG EDUCAF, nous a fait parvenir une tribune que nous publions in extenso.

Monsieur le Ministre, c’est avec beaucoup d’étonnement que j’ai lu avec un grand intérêt vos propos rapportés par le media en ligne Gabonreview dans sa parution du dimanche 08 octobre 2017, propos issus de votre traditionnelle conférence au cours de laquelle, pour justifier l’augmentation des frais d’écolage dans les universités et grandes écoles du Gabon, vous affirmiez je cite : «L’Etudiant coûte 20 millions de FCFA à l’Etat par an ». Puis d’ajouter, que  cette  augmentation a pour objectif, je cite : «pouvoir générer de la ressource pour répondre aux demandes et attentes des étudiants, à la fois en termes de qualité des infrastructures, de l’offre de formation, mais également de qualité générale de l’environnement dans lequel on évolue».

En analysant sous un angle scientifique votre affirmation, je demeure dans la stupéfaction à l’idée de savoir qu’une telle affirmation, scientifiquement et logiquement impossible puisse venir du sommet de l’Etat et servie au monde sous le regard de la presse nationale et internationale. Pour contribuer à laver l’image de notre pays, qui par ces propos semble confirmer la thèse selon laquelle l’école est le cadet des soucis de nos gouvernants, je vais apporter certains éclaircissements.

  • Sur «Un étudiant coûte 20 millions de francs CFA à l’Etat par an»

Monsieur le Ministre, pour une population académique que vous estimez à 45 milles étudiants à raison de 20 millions par étudiant, l’investissement de l’Etat pour l’ensemble des étudiants gabonais tournerait autour de 900 milliards de FCFA quand les Budgets du Ministère de l’Enseignement supérieur et de l’Education Nationale furent respectivement de 88 et 132 milliards, soit un total de 200 milliards. Je suis tenté de savoir, comment le budget alloué aux étudiants (900 milliards), soit 4 fois supérieur à ceux des ministères en charge de l’Education (Enseignement Supérieur et Education Nationale pour un total de 200 milliards)?

Monsieur le Ministre, votre argument en la matière ne vient que confirmer l’analyse selon laquelle des informations et des décisions sont prises avec beaucoup de légèreté, nous voulons appuyer l’Etat à regarder avec plus de sérieux la question sur l’éducation, pour éviter pareille choses qui n’ont pour conséquence que de révéler aux yeux du monde et des nations amies, les limites de nos gouvernants.

  • Sur «pouvoir générer de la ressource pour répondre aux demandes et attentes des étudiants, à la fois en termes de qualité des infrastructures, de l’offre de formation, mais également de qualité générale de l’environnement dans lequel on évolue»

Monsieur le Ministre, l’UNESCO dans la cible 7 de stratégie 2014-2030, recommande à chaque Etat de consacrer 15 à 20% de son budget à l’Education. Le Gabon peine à atteindre les 9%. De plus, comme enregistré en 2016, les budgets des ministères en charges de l’éducation (Enseignement Supérieur, Education et Education populaire) ont été réduits de plus de 20 milliards pendant que celui de la Défense était augmenté de 19,555milliards. Le Gabon depuis 40 ans, n’a jamais pu bâtir un établissement supérieur référent, pendant que l’université de Yaoundé II, créée en 1962, soit 8 ans avant l’Université Nationale du Gabon devenu Université Omar Bongo en 1978, figure comme première université en zone CEEAC, notre université de référence se retrouve 17ième sur un classement de 20, devenant ainsi la dernière université pays du classement, selon le University Web Ranking 2015, de la fondation du groupe REUTERS.

Monsieur le Ministre, que le Gouvernement porte le budget des ministères en charge de l’Education et de l’Enseignement à 15 ou 20% comme le recommande l’UNESCO, avec un regard participatif de l’ensemble des acteurs de l’Education, vous vous rendrez compte que gérer 45 mille étudiants pour tout un pays (soit 75% des étudiants d’une seule université du Cameroun, Yaoundé II) ne relève pas d’un exploit. Vous vous rendrez même compte, que le Gabon, pays ayant l’un des PIB les plus élevés d’Afrique, pays à revenu intermédiaire aux ressources indénombrables, pays la population la plus faible de la CEEAC après la Guinée Equatoriale, peut construire des établissements dernières générations, offrir à chaque étudiant un logement, augmenter la bourse des étudiants, offrir des bourses de coopérations aux étudiants d’autres pays, etc. Quand vous arriverez à ce niveau, vous vous rendrez bien que compte, que l’augmentation, c’est même pas vous qui l’a demanderez, mais les étudiants car satisfaits des conditions dans lesquelles ils apprennent.

Monsieur le Ministre, la priorité aujourd’hui ne saurait être l’augmentation des droits universitaires, mais l’alignement de nos établissements aux normes internationales, et cela ne saurait relever de la compétence des étudiants gabonais.

Nous demeurons disposés à vous accompagner à parfaire notre système éducatif.

* Geoffroy Foumboula Libeka est le  Président de l’ONG EDUCAF. Il est également ambassadeur du Leadership et de l’Engagement Jeunesse du Gabon


1 Comment on this Post

  1. Nos aînés pensent avoir la science infuse, ils n’accepteront jamais que leur vision puisse être remise en question par un cadet. Bien dommage car il ya tant à faire, et une vision unique ne s’aurait être constructive. Il est temps que les decisions de ce genre se fasses sur la base d’études fondés sur les objectifs réels et mesurables. C’est juste un avis!

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