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Mali : les manifestations à Kidal contre les forces françaises étaient-elles justifiées ?


Mali : les manifestations à Kidal contre les forces françaises étaient-elles justifiées ?
Véhicules militaires français déployés au Mali. © Revuecivique.eu

Politique Mali – Le lundi 9 octobre, de nouvelles manifestations contre l’opération Barkhane ont éclaté dans la ville de Kidal, dans le nord-est du Mali. En l’espace de quelques jours, c’est la troisième fois que les forces françaises qui opèrent dans la région, principalement pour annihiler la présence des groupes terroristes, sont victimes de telles manifestations.

Les populations qui réclament le départ des soldats français dénoncent la brutalité des interventions de ces derniers. Mais dans le contexte politico-sécuritaire extrêmement fragile que connait le pays, on est tenté de se demander si ces manifestations contre les forces françaises sont réellement justifiées.

Sans la présence française au Mali, il serait illusoire de penser que l’État malien, tel qu’on le connait aujourd’hui, puisse encore exister. Sans la France, il est fort probable que la démocratie malienne soit morte et enterrée depuis belle lurette déjà. Qu’on le veuille ou non, le bon sens recommande de reconnaître que la présence militaire française a permis de sauver le Mali du chaos. Et ce, en dépit des considérations nationalistes et anticolonialistes qui peuvent animer les populations maliennes.

La France est intervenue alors que le pays connaissait les pages les plus sombres de son histoire. En effet, le Mali avait été durement fragilisé par le coup d’État du 22 mars 2012 avec le renversement d’Amadou Toumani Touré par une junte militaire au dessein ambigu et inassouvi. S’en sont suivi de profondes dissensions au sein de la classe politique et des guéguerres intestines au sein de l’armée.

Sous-équipée, mal organisée et à l’agonie, l’armée malienne n’était pas parvenue à repousser les assauts sanglants et répétés des agresseurs venus du nord. Au grand dam des Maliens, leur armée n’était pas en mesure de défendre dignement le territoire national. Pendant ce temps-là, les ennemis de l’État malien se préparaient et s’installaient allègrement dans le nord.

En avril 2012, les groupes salafistes djihadistes et les rébellions touarègues étaient parvenus à faire tomber une grande partie du nord du pays. On se souvient encore des drapeaux djihadistes qui flottaient dans les régions de Gao et de Tombouctou ainsi que dans la ville de Kidal.

 

La France ne s’est pas invitée au Mali, mais elle y a été conviée

Pour contenir la menace rebelle et djihadiste, la France n’a pas décidé d’intervenir de son propre chef au Mali. On a tendance à l’oublier, mais les forces françaises ont pris part au conflit à la demande du Pr Dioncounda Traoré, à l’époque président de la République par intérim. Par la suite, la France avait demandé et obtenu du Conseil de sécurité des Nations unies l’autorisation d’intervenir militairement dans le pays.

C’est ainsi que le 20 décembre 2012, la résolution 2085 du Conseil de sécurité des Nations unies fut adoptée. Cette même résolution qui avait également exigé aux autorités maliennes la tenue des législatives et des présidentielles en avril 2013. Sans la résolution 2085, la Mission internationale de soutien au Mali sous conduite africaine (MISMA) n’aurait pas vu le jour.

Les forces françaises et maliennes, appuyées par la MISMA avaient travaillé main dans la main pour la reconquête du Septentrion. Dissoute le 1er juillet 2013, la MISMA était forte de 6.000 à 7.700 hommes environ. Elle était composée des forces africaines, membres de la CEDEAO.

Bien que l’intervention française ne soit pas toujours vue d’un bon œil, elle a néanmoins permis de restaurer l’autorité de l’État dans le nord qui est resté aux mains des djihadistes pendant plusieurs mois. Sans la sécurisation du pays, les élections présidentielles d’août 2013 ne seraient peut-être pas tenues et Ibrahim Boubacar Keïta n’aurait pas présidé à la destinée du pays.

La France s’est militairement engagée dans son ancienne colonie par devoir de responsabilité morale, mais aussi, et surtout pour que le Mali ne se transforme pas en Afghanistan d’Afrique.  La forte activité djihadiste qui sévit dans le Sahel combiné à l’instabilité libyenne aurait pu plonger l’ensemble de la région dans un chaos sans précédent.

 Par ailleurs, la France s’est engagée dans la résolution du conflit malien, ce qui a conduit à la signature de plusieurs accords de paix avec la rébellion touarègue.

 


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