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Congo : Après Sassou, le Chaos ?


 © Mediapart

Politique Congo (Africapostnews) – Agé de 73 ans et président de la République populaire du Congo de 1979 à 1992, Denis Sassou Nguesso (DSN) a reconquis le pouvoir d’état en 1997. Date, de son retour au pouvoir, par les armes, après avoir renversé le président élu d’alors, Pascal Lissouba.

À ce jour, le président Sassou, tient toujours fermement son pays, en mettant sous cape toute tentative de contestation. N’hésitant pas à instrumentaliser l’institution judiciaire, que certains de ses détracteurs disent, inféodée à sa personne, ou de faire un usage immodéré des forces de sécurité et de défense. Quid de la guerre dans le Pool, mené par son armée.
La présence importante, de plusieurs membres de sa parentèle aux dernières élections législatives, a fait penser à certains, que la succession de l’homme fort d’Edou (son village natal) est en train de se préparer.

Voyants économiques au rouge

La succession du président Sassou, dépendra de la situation économique du pays, et de la capacité de son successeur, à faire face à des engagements économiques et financiers relativement difficiles.

Après le référendum constitutionnel de 2015 et de l’élection présidentielle de 2016, qui furent violemment contestés par l’opposition, le président Sassou continu de gérer le Congo sans véritable contre pouvoir.

Secoué de pleins fouets par une baisse du prix du baril de pétrole, le Congo sous son magistère traverse une période délicate, rythmée par des grèves, tension de trésorerie, rumeur de dévaluation et inspection du Fonds Monétaire Internationale (FMI).

En effet, cette mauvaise passe de l’industrie pétrolière, a eu des répercussions dramatiques sur le Congo, mettant ainsi à nu les choix économiques hasardeux du pouvoir actuel.

On apprit ainsi, que la République populaire du Congo, avait dissimulé une dette non négligeable à ses partenaires, dans le but d’exposer un niveau d’endettement plus soutenable. Ainsi après un scoop de Radio France Internationale (RFI), l’opinion apprit que l’endettement du Congo était d’environ 120% du PIB.

Cette dette opaque, serait constituée principalement, de créance vis-à-vis des sociétés de courtage pétrolier (Glencore et Trafigura). Elle s’élèverait à plusieurs milliards de dollars. Auquel il faut ajouter un peu plus d’un milliard de dollars dû à la société Commisimpex, de l’homme d’affaires anglo-libanais Mohsen Hojeij. Sans oublier d’autres créances colossales, dont le montant n’a pas encore été arrêté avec précision, vis-à-vis de la République populaire de Chine. L’encours de la dette congolaise, serait d’un peu plus de 5.000 milliards de francs CFA. À elle seule, la dette congolaise, représenterait un quart de la dette de l’ensemble des pays de la Communauté Économique et Monétaire d’Afrique Centrale (CEMAC).
Cet état de fait, aggrave encore un peu plus le climat de défiance des investisseurs à l’égard de Brazzaville, qui a été temporairement en défaut, auprès de porteurs de titres obligataires cet été.

Marigot politique congolais

Le référendum et la dernière élection présidentielle, comme évoqué plus haut, ont laissé plus d’un, circonspect, sur leur sincérité.

Suite à ces échéances électorales, la première décision du président élu, fut de nommer comme Premier ministre, Clément Mouamba. Opposant au régime pendant une vingtaine d’années, ce banquier au long cours, dirige le gouvernement congolais depuis le 23 avril 2016.

Son profil de technocrate, avec une appétence pour les dossiers économiques, à rassurer les partenaires du Congo.
D’un autre côté, d’aucuns se sont demandé si son profil de haut fonctionnaire, froid et entier, lui permettrait de remplir les défis politiques et faire face aux mouvements sociaux, auxquels il sera confronté.
En effet, après sa réélection contestée de 2016, le président Sassou lança une opération militaire, jugée violente, pour pacifier la région du Pool mais aussi et surtout pour arrêter Frédéric Bintsamou alias Révérend Pasteur Ntumi. Cette opération militaire, grève dangereusement les finances du pays, en plus d’être un facteur d’instabilité et d’inquiétude.
À tout ceci, il faut préciser que le Premier ministre, aura une marge de manœuvre restreinte, car le chef de l’État reste seul maitre à bord. Ayant choisi de gouverner entouré de fidèles et de sa famille. Cet entourage présidentiel, veille jalousement sur ses prérogatives. La mission de Clément Mouamba sera loin d’être une sinécure.

Côté opposition, le successeur de Mr Sassou aurait a priori peu de crainte à se faire. Arrivé deuxième, à la dernière élection présidentielle avec 15,05%, Guy Brice Parfait Kolélas semble, ne pas avoir choisi l’affrontement frontal avec le pouvoir en place. Pouvoir, qui a constitutionalisé sa position de « chef de l’opposition », en lui allouant budget, bureau, ordre protocolaire etc.
D’autres, à l’instar de Jean-Marie Michel Mokoko, André Okombi Salissa, ont choisi de contester frontalement le pouvoir du président Sassou. Ils sont depuis bientôt plus d’un an incarcérés à la prison de Brazzaville. Ils sont entre autres, inculpés de « détention d’armes de guerre » et « d’atteinte à la sécurité de l’État ».
Ce « deux poids, deux mesures » est vu par beaucoup, comme une intimidation à tout contrevenant à la légitimité du natif d’Edou.
L’histoire ayant prouvé, que la violence et l’intimidation ne fonctionnent qu’un temps, le successeur de Denis Sassou-Nguesso devra offrir à son pays, une approche plus en adéquation avec notre époque, mais surtout avec les aspirations du citoyen congolais.

Qui pour succéder à DSN ?

Vu le musèlement de l’opposition, beaucoup pensent que le successeur de DSN viendra de la mouvance au pouvoir pour ne pas dire de sa famille.
Ceux, dont les noms reviennent le plus, du fait de leurs positions stratégiques dans l’appareil d’État, ou au sein des services spéciaux, mais surtout pour leurs surfaces financières importantes, sont : Denis Christel Sassou-Nguesso , Jean-Dominique Okemba, Edgard Nguesso, Jean-Jacques Bouya et Lucien Ebata. Ayant, tous des profils variés voir atypique, une présentation individuelle est indispensable.

  • Denis Christel Sassou-Nguesso

(DCSN ou Kiki le pétrolier de son surnom) est le fils du président Sassou. Àgé de 42 ans, il a une maitrise en droit privé et est directeur général adjoint de l’aval pétrolier, au sein de la Société Nationale du Pétrole Congolais (SNPC). Il est également député d’Oyo depuis 2012.
Symbole du népotisme à la congolaise, il est réputé richissime. Son nom fut cité de nombreuses fois dans des dossiers en France, de biens mal acquis, blanchiment d’argent et de corruption. Il aurait défrayé la chronique en France et aux États-Unis pour avoir dépensé des sommes faramineuses, en produit de luxe (costume, voiture, appartement et même en privatisant un mall entier pour son amie et lui). Dépense, que ses revenus ont du mal à justifier. Il aurait un réseau de haut fonctionnaire de plus en plus étoffé dans l’administration congolaise. On observe, une montée en puissance de DCSN. Son entregent devient de plus en plus décisif. Dans cette lutte d’influence, qui fait rage au sein des arcanes du pouvoir, Denis Christel, marque le plus de point face à ses concurrents directs. Il a réussi, par exemple, à marginaliser, voir à élino-mining plusieurs figures historiques du Parti Congolais du Travail (PCT). Figures historiques, qui lui étaient notoirement hostiles. Le cas le plus emblématique, est celui du secrétaire général du PCT, Pierre Ngolo. Qui fut écarté, au profit d’une nouvelle génération de militants. Le fils du chef de l’État, serait l’initiateur de ce renouvellement à marche forcé. Mieux, il aurait également contribué à promouvoir l’investiture, de beaucoup de ses proches, qui sont maintenant élus et devraient lui être redevables. Au même titre, d’ailleurs, qu’un certain nombre d’élus indépendants que Denis Christel a plus ou moins ouvertement soutenus, parfois financièrement, au cours de la dernière campagne des législatives.
Il serait proche de Lucien Ebata. Proximité, qui si elle se confirme, faciliterait le moment venu une association entre ces deux personnalités influentes.
Petite ombre au tableau, la santé financière de la SNPC. La gestion de cette société d’État, véritable fleuron, jadis, lui est reprochée. La SNPC serait au bord du dépôt de bilan et ne paierait plus ses employés depuis plusieurs mois.

  • Jean-Dominique Okemba

 (JDO), 60 ans, « frère de lait » du président Sassou (ils ont été élevés ensemble après la mort de son père), il est l’inamovible patron du renseignement congolais. Sécurocrate en chef, il est considéré comme étant, le véritable n°2 du régime. JDO, est sans doute celui qui a la plus grande complicité avec le président. Dans tous les déplacements importants, il est dans son sillage même lorsqu’il s’agit d’un sujet hors de son champ d’expertise. Denis Sassou Nguesso ne prendrait pas une décision importante sans le consulter au préalable.
Il a également un pied dans le monde des affaires, grâce à son poste de président du conseil d’administration de la filiale congolaise de la BGFI, la plus grande banque d’Afrique centrale.
Malgré tout ce qui précède, il n’a pu enrayer la montée en puissance du fils du président. Beaucoup ont cru, qu’après l’explosion du dépôt d’armes de la caserne de Mpila, son éviction du cercle de pouvoir serait actée. Il fut, par exemple, entendu pendant des heures (par Pierre Oba, ancien ministre de la sécurité, qu’il avait pourtant, réussi à marginaliser) et même presque suspecté, de tentative de coup d’État. Suite à ces évènements, il perdit la direction du Conseil national de sécurité. Une petite humiliation, sans conséquence car ce sera son adjoint, Marcel Ntsourou, qui sera condamné en 2013 à cinq ans de travaux forcés, commué ensuite en « travaux forcés à perpétuité ».
Si il ne réussit pas à succéder à DSN, il devrait jouer un rôle important voir décisif. Au regard de l’influence qu’on lui prête, des dossiers et des secrets d’état dont il est dépositaire, ainsi que son rôle coutumier chez les Mbochi (ethnie du président.) JDO devrait être incontournable.

  • Edgard Nguesso

Nguesso est âgé de 49 ans. Il est le neveu du président, et le directeur du domaine présidentiel depuis que son oncle est revenu aux affaires en 1997. Il a combattu, à ses côtés, contre les forces de Pascal Lissouba. Colonel des forces armées congolaises, il est une pièce maitresse du clan présidentielle, et détient une influence réelle au sein de l’armée. Comme son cousin Denis Christel, il peut compter sur des appuis importants dans plusieurs ministères comme au palais présidentiel. Autre similitude avec le fils du président, il est connu pour son train de vie dispendieux. La police française a ainsi trouvé, dans sa résidence de Neuilly-sur-Seine (France) une importante somme d’argent en numéraire, de nombreuses parures en diamants ainsi que des voitures de prestige. Il fut très longtemps considéré comme un dauphin potentiel. Denis Christe,l a fait évoluer les choses, en sa défaveur.

  • Jean-Jacques Bouya

Bouya, âgé de 55 ans et ministre de l’aménagement, de l’équipement du territoire et des grands travaux depuis septembre 2012. Il est également le député de la circonscription de Tchikapika.
Polyglotte, (parlant français, anglais, mandarin et lingala), il est celui qui a négocié une grande partie des contrats signés avec la Chine (infrastructures contre matières premières). Contrats dont les commissions et possibles rétro-commissions seraient à l’origine d’une partie de sa fortune. Il semblerait également être en perte de vitesse en terme d’influence et de puissance. Tout comme ses cousins, son nom a été cité dans de rocambolesques dossiers de corruption, de blanchiment et de détournement massif de fonds publics. Le cas le plus emblématique, fut par exemple, l’acquisition d’une limousine d’ultra-luxe (Maybach) d’une valeur de 376.000€, payés rubis sur ongle par la direction générale des grands travaux, sous sa tutelle directe.
Si Mr Bouya est, pour l’heure un outsider, sa proximité avec la Chine, grande créancière du Congo, fera de lui, un personnage difficilement contournable.

 

Lucien Ebata

Tycoon du pétrole, habitué du palais présidentiel, il est le grand ordonnateur du « Forum Forbes Afrique ». Mr Ebata, 46 ans, a intégré ces dernières années le gotha des Africains influents. Sa surface médiatique et financière sont ses principaux arguments, lui permettant de prétendre à la succession de Sassou-Nguesso.
Membre du sérail depuis peu, il a été chargé officieusement par le chef de l’État de renégocier la dette du pays vis-à-vis de Trafigura et Glencore. L’issue de cette négociation étant vitale pour la santé économique du pays, dire que Lucien Ebata fait partie, des rares, sur lequel le président se repose, ne serait pas une assertion incorrecte. Malgré ce fait indéniable, beaucoup pensent qu’il ne pourra pas s’imposer tout seul face aux personnalités citées plus haut. Son nom revient avec insistance, dans le cas où, il faille trouver un dauphin hors de la famille présidentielle. Tout ceci dans le but de ne pas donner l’impression d’une «succession dynastique ».

Quel que soit le successeur de Denis Sassou-Nguesso, il devra, si il veut accomplir sa mission, marquer une rupture nette et franche, avec la gestion du régime qui lui aura précédé. Tous les chantiers seront vitaux. La difficulté se situera, dans le respect des engagements signés avec les institutions de Bretton Woods, mais aussi et surtout de trouver, de nouveau revenu pour financer ses réformes et le développement du pays.
Il devra impérativement être un fin politicien et un gestionnaire de haut vol. Sans ces qualités, sa mission sera périlleuse, tant un ras-le-bol se fait pressentir, pouvant même mener à un soulèvement populaire.
Le Congo survivra-t-il à Denis Sassou-Nguesso ? Bien sûr, mais dans quelles conditions ? Les hommes politiques congolais seront-ils à la hauteur ? Chiche !

-SW

 


1 Comment on this Post

  1. Tout est grâce tout est grâce le peuple congolais doit beaucoup prièr pour chassé se démon

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