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Afrique du Sud : 46 ans après sa mort, la Justice reconnaît que la police a tué Ahmed Timol, militant anti-apartheid


Ahmed Timol, militant anti-apartheid mort en détention en 1971. Les circonstances de sa mort restent floues

Afrique du Sud (Pretoria) – Justice a été rendue au militant anti-apartheid Ahmed Timol et à sa famille. En 1971, la police déclarait que ce professeur d’origine indienne s’était suicidé lors de sa détention. 46 ans après, la justice conclu qu’il s’agit bien d’un meurtre.

Dans cette affaire, la vérité aura mis 46 ans à éclater. En effet, la justice Sud africaine a reconnu, jeudi 12 octobre, qu’Ahmed Timol avait bien été assassiné par la police.

Billy Mothle, juge en charge de l’affaire a conclu « qu’Ahmed Timol n’a pas sauté mais a été poussé du bureau 1026 ou du toit ». Un grand soulagement pour la famille du défunt qui n’a jamais cru à la thèse du suicide.

Les indiens ne peuvent pas voler*

Le 27 octobre 1971, Ahmed Timol mourrait dans le célèbre immeuble John Vorter Square. Selon la police de l’époque, ce professeur de Roodepoort avait exécuté un saut de l’ange mortel depuis la fenêtre du bureau 1026 de leurs locaux. La famille qui réfute cette thèse avait obtenu la rouverture du dossier en 2016.

L’un des rares policiers encore en vie et présents au moment des faits, Joao Jan Rodrigues a quant à lui maintenu la version de 1972 durant tout le procès. L’activiste s’est donné la mort. Une version contredite par plusieurs témoignages et expertises trajectoires et médicales. En plus du meurtre, le juge également conclu qu’il y avait bien eu actes de torture contrairement à ce que déclaraient les policiers en 1972.

Le juge a donc établi la responsabilité collective des agents de police en service ce jour là. Rodrigues s’étant lui-même placé sur la scène du crime, le juge a estimé qu’il a participé au maquillage du meurtre en vue de dissimuler la vérité. En effet, ses deux versions de 1972 et 2017 démontre clairement cette volonté. Un mensonge sous serment qui le rend coupable de complicité après les faits. Mothle a par ailleurs ordonné l’ouverture d’une enquête pour parjure.

Ce procès, le premier du genre en Afrique du Sud, pourrait créer un précédent. Il révèle en effet d’une mauvaise conduite de plusieurs organes de l’Etat. Dans son jugement, Billy Mothle a appelé toutes les familles qui ont connu des décès de proches dans des circonstances similaires à collecter les dossiers initiaux afin de demander d’éventuelle réouverture de dossier.

Selon Georges Bizos, avocat des droits de l’Homme, il existerait plus de 70 cas similaires.

* Indians can’t fly (les indiens ne peuvent pas voler en français) est le titre d’un documentaire d’Enver Samuel racontant l’histoire d’Ahmed Timol 


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