Share

Opinion : l’Afrique s’indigne du racisme de Nivea mais reste silencieuse face au fléau de la depigmentation


L’affiche qui fait polémique « Pour une peau visiblement plus claire » © Express

Après Dove, c’est au tour de Nivea de provoquer la polémique suite à une pub télévisée diffusée sur des chaines de télévisions africaines. Si pour le cas de Dove, les avis étaient partagés, ici il sera difficile pour la marque de justifier cette incitation à la dépigmentation.

La campagne publicitaire qui crée la polémique

Nivea, marque de cosmétique appartenant au groupe allemand Beiersdorf, spécialisée dans les soins de la peau, a lancé une campagne publicitaire sur le continent africain. Cette nouvelle campagne a pour objectif de promouvoir une crème qui rend la peau plus claire. Sur les panneaux publicitaires visibles dans certaines capitales africaines telles que Dakar, Lagos ou encore Accra, on peut voir Omowunmi Akinnifesi, élue en 2005 plus belle fille du Nigeria, vanter les mérites de sa crème éclaircissante.

Pendant ce temps, sur les écrans télévisés, on voit une femme noire frotter une crème hydratante qui la rend plus claire presque instantanément. On l’entend également s’exprimer en ses termes traduits : « Il me faut un produit vraiment sûr pour rendre à ma peau son éclat naturel.» La voix-off surenchérit : « Le lait éclaircissant Nivea Natural Fairness offre une formule innovatrice enrichie en extraits de baies qui donne à la peau un teint plus clair tout en y prenant soin. »

Nivea, une entreprise qui comme toutes les autres cherche à faire du profit

Rappelons que Nivea est une entreprise. Son but premier en tant que tel est donc de faire du profit en vendant des produits bien ciblés. Il suffit de se promener dans les rues des capitales africaines pour remarquer toutes ses filles au teint vraisemblablement suspect. Le phénomène d’éclaircissement semble être un bon plan au départ, jusqu’à ce que les choses se compliquent. Tâches, acné, brûlures…ces produits à base de cortisone sont un véritable problème de santé publique en Afrique. Malgré les campagnes d’informations pour encourager toutes ses jeunes filles à garder leur belle peau ébène tel qu’elle, le phénomène reste très à la mode.

Peut-on donc en vouloir à Nivea en tant qu’entreprise d’aller où se trouve l’argent ?

La réalité est qu’il y a un véritable marché de produits éclaircissants qui génèrent des millions de francs CFA. Ce n’est pas Nivea qui incite les jeunes filles noires à se décaper la peau. Elles le font déjà pour différentes raisons. Certaines le font pour des raisons purement esthétiques, c’est-à-dire pour unifier leur teint et faire disparaitre des tâches noires. D’autres le font pour atteindre leur idéal de beauté qui est la peau claire.

Les produits éclaircissants ne sont pas dangereux lorsqu’ils sont vendus dans le circuit normal, en pharmacie, recommandés par un dermatologue ou autre professionnel de santé. Le problème se pose lorsque ces substances sont fabriquées par des pseudos chimistes qui n’hésitent pas à utiliser des produits comme l’eau de Javel, la cortisone et autres substances toxiques qui bouleversent l’équilibre de la peau. Même lorsque l’État interdit la vente de ses produits, comme ce fut le cas en Côte d’Ivoire, il y a toujours un moyen de s’en procurer.

D’un point de vue purement financier, Nivea, marque déjà très plébiscitée en Afrique ne peut se permettre d’ignorer un marché aussi juteux.

Respect bien ordonné commence par soi-même…

La dépigmentation de la peau n’est pas un sujet tabou en Afrique, certaines filles se vantent même d’y avoir recours. Dans ce contexte, y aurait-il alors une sorte d’indignation sélective dans la communauté afro ? Pourquoi l’utilisation des produits bon marché ne choque-t-elle pas plus que ça ? De quand date la dernière indignation sur la dépigmentation quand on sait que ce sont des produits qui circulent quotidiennement ? Fallait-il attendre qu’une grande marque internationale fasse un faux pas pour crier au scandale ? Le dénigrement de la peau noire par les noirs eux-mêmes est-il plus pardonnable ?

Avant de s’insurger une énième fois contre une marque qui cherche avant tout à faire du business, il faut reconnaitre que ces africaines, complexées par leur peau, laissent la porte ouverte à ce genre d’écart. Il devient donc difficile d’exiger dans ces conditions une considération quelconque venant des marques de cosmétiques telles que Dove et Nivea. Bien qu’il soit inacceptable qu’une marque européenne dénigre la peau noire dans une publicité ouvertement raciste, ne dit-on pas que pour se faire respecter des autres, il faut d’abord se respecter soi-même ?


Leave a Comment