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Philippe Mangou : grand Général ou quintessence de la félonie ?


Philippe Mangou
Philippe Mangou (ivoirebusiness.net)

Politique Côte d’ivoire (Africapostnews) – Ancien chef d’État major des forces armées, sous Laurent Gbagbo (LG), ce saint-cyrien a fait parler de lui récemment. Appelé à déposer à la Cour Pénale Internationale (CPI), dans le procès de l’ancien président ivoirien et de son éphémère ministre de la jeunesse, Charles Blé Goudé.

Les déclarations de Philippe Mangou ont fait couler beaucoup d’encre, tellement les révélations qu’il a faite, étaient surprenantes. Pièce maitresse du système de Laurent Gbagbo dans l’appareil sécuritaire, pendant sept ans, Philippe Mangou est aujourd’hui un témoin important de l’accusation. Acteur essentiel de la crise politico-militaire ivoirienne (qui débute en 2002 et qui a atteint son paroxysme en 2011), le général Mangou a décidé, à la barre de ne pas verser dans la langue de bois, comme l’ont fait, avant lui, d’autres généraux, jadis proches de Gbagbo.

Général charismatique

Passé par l’Université de Cocody, où il obtient un diplôme en droit. Diplôme qui lui permit d’intégrer l’école des forces armées de Bouaké, en 1978. À sa sortie, il est affecté au bataillon blindé d’Akouédo, près d’Abidjan. Il a également suivi une formation en stratégie militaire, à l’école d’état-major de Compiègne, en France. À son retour en Côte d’Ivoire en 1991, il fut affecté à la garde républicaine d’Abidjan, en qualité de commandant en second du 1er bataillon blindé. Il y demeure jusqu’en décembre 1999, jusqu’à ce que son destin bascule, dans la foulée du coup d’État du général Robert Gueï.
Réputé à cette époque, pour sa probité morale, ainsi que pour ses positions républicaines et favorables au président renversé, Henri Konan Bédié. Tout cela lui a valu d’être mis aux arrêts et torturé.

L’arrivée de LG à la présidence, est le signal de l’essor de sa carrière. D’abord, sous-directeur chargé de la doctrine et de l’emploi, au ministère de la défense nationale. Philippe Mangou fut ensuite, porte-parole des Forces Armées Nationales de Côte d’Ivoire (FANCI). Il se fit notamment remarquer, en 2002, après le coup d’État raté, des Forces Nouvelles, par son courage et son entrain à aller au front, afin de reconquérir les territoires occupés par les rebelles. Quand l’opération « dignité » fut décidée deux ans plus tard, la direction du théâtre des opérations lui fut confiée. Les troupes loyalistes ne parvinrent pas à reconquérir le nord du pays. Cet échec cuisant, qui a failli emporter le président Gbagbo, ne fut pas un coup d’arrêt à sa carrière. Suite à cette opération, le président se mit à suspecter le chef d’état-major d’alors, Mathias Doué, de collusion avec une puissance étrangère hostile et même de tentative de coup d’État. Philippe Mangou, son adjoint à l’époque, fut nommé  Chef d’État Major Général (CEMAG) des armées à sa place.

Crise postélectorale de 2011

Suite à l’élection présidentielle de décembre 2010, le président Ouattara fut déclaré vainqueur par la Commission Électorale Indépendante (CEI), dans des conditions atypiques. Son élection fut cependant certifiée par l’ONU et l’ensemble de la communauté internationale. Le président Gbagbo, lui, fut intronisé par la cour constitutionnelle, qui invalida les résultats provenant des zones aux mains des rebelles. Quand bien même, la constitution ne le lui permettait pas. En effet, la constitution à ce moment-là, stipulait qu’en cas de fraude rendant insincère le scrutin, un nouveau scrutin devait être organisé dans les zones concernées, ou si le besoin se faisait sentir, dans l’ensemble du pays.

Suite à cet imbroglio, la Côte d’Ivoire se retrouva avec deux présidents et deux gouvernements. Face à cette situation inédite, tous les yeux se tournèrent vers l’armée. On vit ainsi le CEMAG et tout le haut commandement militaire, faire allégeance au président Gbagbo. S’ensuivra des déclarations surprenantes de Philippe Mangou. Battant froid le président ADO et son Premier ministre d’alors, Guillaume Kigbafori Soro (GKS). Philippe Mangou fit état de son respect des textes et de la légitimité républicaine du président Gbagbo. Jurant même, ne jamais se rallier à la « république du golf » (complexe hôtelier où ADO et son gouvernement fut reclus et cerné par les forces loyalistes). Au regard de ses déclarations, beaucoup ont pensé que les « carottes étaient cuites » et la « république du golf » était à terme, vouée à disparaitre.

On le vit même, participer à des manifestations politiques organisées par Charles Blé Goudé, dans le but d’enrôler des jeunes gens prêts à « défendre la patrie ». Meeting, pendant lesquels il jura sa fidélité à Gbagbo devant des milliers de « patriotes » chauffés à blanc, tapant sur Young-jin Choi, patron de ONUCI (Organisation des Nations Unies en Côte d’Ivoire) et sur la « république du Golf ».

Avec l’aide de la communauté internationale et des hommes de GKS, le président Gbagbo fut déposé et envoyé en détention à Korhogo, avant d’être transféré à La Haye (siège de la CPI). Dès le lendemain de ces évènements, on vit le CEMAG et les autres chefs des Forces de Défense et Sécurité (FDS), venir faire allégeance au président Ouattara et de facto se dédire, en le reconnaissant comme président de la République élu de Côte d’Ivoire.

Contrairement au général Bruno Dogbo Blé, chef de la garde républicaine, qui est emprisonné, le CEMAG fut nommé  ambassadeur de la Côte d’Ivoire auprès de la république gabonaise, ainsi que Edouard Tiapé Kassaraté (général de corps d’armée de la gendarmerie) ambassadeur au Sénégal.

 

Déclaration à la CPI

Lors des audiences pendant lesquelles il a comparu, la plus invraisemblable des déclarations de Philippe Mangou sera inexorablement, celles relatives au financement, supposé, de Laurent Gbagbo à Koné Zakaria (Commandant de la zone de Vavoua-Séguéla, à l’époque, et actuel commandant de l’Unité de Commandement et de Soutien).

Petit retour en arrière, la Côte d’Ivoire est en pleine crise postélectorale, l’Union Africaine a envoyé un panel de chef d’État, afin qu’ils trouvent une issue pacifique au conflit. Malheureusement, la médiation est dans l’impasse et les deux parties se préparent à la guerre. Koné Zakaria est, à ce moment-là, en froid avec Guillaume Soro, chef de la rébellion. C’est dans ce contexte, rapporte le général Mangou, que Zakaria a rencontré au Togo, le ministre de l’intérieur ivoirien de l’époque, feu Désiré Tagro (mort tragiquement lors de la reddition de Gbagbo). Rencontre, pendant laquelle Koné Zakaria, aurait fait acte de candidature au régime en place pour déstabiliser le dispositif militaire des Forces Nouvelles à l’est du pays. Ce qui pouvait paraître comme une alliance contre nature, ne serait en fait qu’un subterfuge de Koné Zakaria, pour financer le caporal Ibrahim Coulibaly. Caporal IB, qui avait infiltré des hommes à l’intérieur d’Abidjan, dans le but de faire imploser de l’intérieur, le verrou sécuritaire mit en place par les FDS et ainsi, voler la vedette aux forces de Guillaume Soro (IB est celui qui a intégré GKS au début de la rébellion de 2002, mais s’est vu très vite contesté le leadership par ce dernier). Le général Mangou rappellera également, qu’il avait demandé au président, de ne pas s’impliquer dans cette opération et au contraire d’affecter ces fonds à l’acquisition de munitions. Révélant ainsi, l’état dans lequel était les forces placées sous son commandement.

Le général Mangou, a également évoqué le dispositif militaire mis en place et les hommes qui le commandaient. Ainsi, il avoua que le président semblait ne plus lui faire totalement confiance. D’après Philippe Mangou, le gros des troupes, mais surtout les miliciens, étaient sous le commandement du général Dogbo Blé, patron de la garde républicaine et du général Guiai Bi Poin, chef du Centre de commandement des opérations de sécurité (CECOS). Pour beaucoup, cette affirmation, avait pour objectif de minorer sa responsabilité.

Le général Mangou est également revenu sur l’attaque militaire que sa résidence a subie. Rappelant que cette attaque, est survenue après que le président Gbagbo lui ai fait part de sa volonté de démissionner et qu’il a voulu recueillir l’avis du CEMAG. CEMAG, qui aurait conseillé au président, de démissionner pour dit-il « sauver ses proches, ses collaborateurs mais surtout la nation ivoirienne ». À travers cette attaque, Philippe Mangou a identifié des faucons autour du président, prêt à tout pour rester en place.

Enfin pour finir, l’aveu du général qui a le plus irrité les patriotes (pro-Gbagbo) est celui relatif à sa volonté de casser la chaine de commandement au moment le plus important. Beaucoup ont interpellé cela comme de la félonie voir de la haute trahison. Pour lui, démissionner n’aurait pas été efficient. Rester en fonction et manœuvrer autant que possible, afin d’épargner des vies humaines et sauver l’institution militaire.

La défense du général fait échos, à celle utilisé en son temps, par le général Mahélé au Zaïre (actuel République Démocratique du Congo.) Mahélé, comme Mangou ont été nommé par le président en place pour combattre des rebelles. Les forces sous leurs ordres se sont délitées. Au Zaïre comme en Côte d’Ivoire, les rebelles ont fait le siège de la capitale, poussant les CEMAG à négocier la reddition de leurs armées. L’analogie prend fin à l’épilogue, dans le sens où, le général Mahélé a été abattu par ses hommes et Mangou a su avoir la vie.

Face à ces évènements d’une complexité inouïe et d’une gravité sans précédent, avoir une posture manichéenne ne permettra pas d’apprécier la situation avec objectivité. Le drame qu’a connu la Côte d’Ivoire oblige chacun, à mettre de côté, la passion. Mangou est-il un traitre ? Seul l’Histoire le définira. A-t’il été cynique ? Certainement. Grand général il a été, fils de pasteur il est, sa conscience sera son chemin de croix. Il est impérieux après ce genre de drame, que la parole soit libérée et que tout soit dit. La reconstruction d’une nation ne se faisant pas sur le mensonge, il appartient aux ivoiriens de se parler afin de se réconcilier et de facto, préparer un avenir apaisé, où les plaies auront cicatrisées.

-SW


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