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[Opinion] Togo : comment le pays s’est-il retrouvé au bord de la crise?


Des opposants dans les rues de Lomé le 4 octobre 2017
Des opposants dans les rues de Lomé le 4 octobre 2017 // DR Togosite

Politique Togo (Africapostnews) – Succédant à son père, à la présidence de la république,  dans des conditions que beaucoup ont jugés calamiteuses, Faure Gnassingbé fait face depuis le 19 août 2017, à des manifestations d’une ampleur inédite.

Secoué depuis plusieurs semaines par des manifestations monstres, demandant principalement des réformes constitutionnelles, le Togo a, pendant la nuit du 16 au 17 octobre, replongé dans la violence. Réagissant à l’arrestation, d’Alpha Alassane, imam proche des opposants du Parti national panafricain (PNP). La ville frondeuse de Sokode a été la première ville à s’embraser, suivi par d’autres villes du pays. Des manifestants ont perdu la vie lors d’échauffourées et deux soldats en faction devant le domicile du ministre de l’agriculture ont été assassinés.

Manifestations monstres

Au pouvoir depuis douze ans, le président Faure Essozimna Gnassingbé semble vivre la période la plus incertaine de toute sa présidence.

À l’appel de Tikpi Atchadam, leader du PNP et des autres membres de l’opposition, le Togo connaît un vent de contestation sans précédent. Ainsi plusieurs manifestations à travers le pays ont réuni des centaines de milliers de Togolais, réclamant d’abord le retour de la constitution de 1992, puis, face à la mobilisation sont allés jusqu’à exiger la destitution du président en place.

La constitution de 1992, stipulait le retour aux élections uninominales à deux tours ainsi que la limitation de mandat (renouvelable une fois).

Surpris par ces mobilisations monstres, le régime Gnassingbé a concédé des réformes constitutionnelles après un référendum. Ces réformes ne seraient applicables qu’après l’élection présidentielle de 2020. L’opposition togolaise a tout de suite crié à l’imposture et rejeté les propositions du gouvernement. Arguant de possibles fraudes électorales mais aussi et surtout de clientélisme voir de corruption. Ajoutant que cela ouvrirait un boulevard au président Gnassingbé qui pourrait ainsi être aux affaires jusque 2030.

Situation inextricable

Entre le gouvernement et l’opposition, le divorce semble consommé. Trop d’engagements non tenus et de violence ont radicalisé les deux camps.

À des manifestations pacifiques, le pouvoir a aligné un dispositif de sécurité impressionnant. N’hésitant pas à faire usage de gaz lacrymogènes mais aussi et surtout d’armes à feu. Ainsi, le Ministre de la Sécurité et de la Protection Civile, le Colonel  Damehane Yark, a fait savoir à l’opinion, que des victimes civiles étaient à dénombrer, suite à des tirs à balles réelles. Pour beaucoup, il est incompréhensible que pour le maintien de l’ordre, les forces de sécurité togolaise aient fait usage d’armes létales.

D’autres faits incompréhensibles de cet acabit sont l’interdiction de manifestations pendant les jours de semaine, aux arrestations arbitraires sans oublier la présence militaire impressionnante dans les villes du pays, font dire au plus sceptique, que le gouvernement ne souhaite pas l’apaisement.

Divide et impera

Côté opposition au-delà de l’unité affichée, appelant à la manifestation et à la contestation, les leaders sont moins sereins qu’ils veulent le laisser paraître. L’annonce du gouvernement, de la mise en place d’un referendum sur la modification de la constitution, risque d’être un baiser empoisonné. Baiser empoisonné car il serait impossible aux chefs de file de l’opposition, d’appeler au boycott si les points pour lesquels ils se battent sont bel et bien soumis à l’approbation du citoyen togolais. S’ils le font et que le référendum connaît une participation importante, leurs légitimités seraient de facto mises à mal. D’un autre côté, si l’opposition participe au scrutin, ils ne pourront pas crier après coup à la fraude, le pouvoir ne se gênera pas à répondre que ce sont des mauvais perdants. Quoi qu’ils décident, le régime avec cette annonce, les a en somme mis dans une position inconfortable.

Réputé pour être une union de circonstance, le gouvernement togolais avec ce référendum, espère qu’une partie de l’opposition se déclare pro-référendum, annihilant ainsi la capacité de nuisance du mouvement.  L’objectif du pouvoir togolais, et cela n’aura échappé à personne, est de « diviser pour mieux régner ».

En dehors du jeu politicien, les manifestations qu’ont connues le Togo ont été perçues par beaucoup d’observateurs, comme l’expression d’un ras-le-bol citoyen et d’un désir de changement. La politique menée, mais surtout celui qui l’incarne sont fortement rejetés. Répondre à cette aspiration d’alternance par la force et la violence est un non-sens absolu. Cette réponse ne sera efficiente qu’un temps et radicalisera irrémédiablement les positions, laissant ainsi un boulevard aux faucons des deux bords.

Sans conteste, le Togo est à la croisée des chemins. Faure sera t-il celui qui fera rentrer les Gnassingbé dans l’Histoire par la grande porte ou se contentera t-il de garder son statut peu enviable d’autocrate à courte vue ? Les semaines à venir situeront les Togolais.

-SW


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