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Chez les Kuria, les femmes se marient entre elles pour avoir un héritier


Mariage entre femme pour avoir un héritier
Des femmes Kuria mariées par le nyumba nyobhu.

Culture (APN) — Le peuple Kuria est présent au Kenya et en Tanzanie. Il présente une particularité : les femmes ont le droit de se marier entre elles. Cette pratique a pour but d’obtenir leur héritage mais aujourd’hui, elle est couramment utilisée comme un moyen de fuir les violences conjugales.

L’ethnie Kuria est présente au sud-ouest du Kenya dans la région du lac Victoria où on trouve le tiers de sa population. De l’autre côté de la frontière, en Tanzanie, on retrouve la majorité de ce peuple à la tradition ancestrale particulière.

Fortement patriarcale, la culture Kuria peut s’avérer oppressante pour certaines femmes. En effet, une femme qui n’arrive pas à engendrer un garçon est considérée comme une erreur de la nature, comme une « moins que rien ». De plus la société a tendance à l’exclure, à l’abandonner et la condamne à mener une vie sans avenir. Ce patriarcat peut donc se montrer profondément injuste. C’est ainsi que le mariage « nyumba ntobhu » voit le jour il y aurait environ 700 ans.

« Nyumba boké » signifie « maison (ou famille) sans fils » et « nyumba ntobhu » signifie « maison (ou famille) sans enfant ». En effet, ce mariage est réservée aux célibataires, aux veuves, à celles qui n’ont jamais eu d’enfant, même étant autrefois mariées à un homme et à celles qui n’ont jamais eu de garçon ou dont les garçons sont morts. Cette union survient généralement entre une femme plus ou moins âgée qui n’est plus en âge de procréer et une jeune femme qui a déjà des enfants et qui est en âge d’avoir des enfants.

Le processus du mariage

La femme âgée qui n’a pas de garçon tombe d’accord avec la fille qu’elle veut épouser et avec sa famille. La même femme formule une demande aux anciens qui fixent le montant d’une dot. Habituellement, la dot se paye avec du bétail. Celle qui contracte la demande est considérée comme la femme-mari tandis que l’autre est considérée comme l’épouse. L’union est alors scellée par un chef coutumier et constitue par la suite un sermon sacré reconnu légalement par les autorités du village. Néanmoins les états kenyan et tanzanien ne reconnaissent pas ce mariage.

La femme-mari s’émancipe et devient alors au même titre que l’homme dans la communauté, cheffe de famille et responsable du foyer. Comme l’homme, son but est de ramener l’argent au foyer et elle remplit généralement son rôle sans peine. L’épouse se contente des tâches ménagères et de l’éducation des enfants. Le mariage « nyumba ntobhu » n’est pas considéré comme homosexuel car les deux femmes n’ont pas de rapport sexuel.

La naissance de l’héritier

Il va sans rappeler que le but principal de cette union est la naissance d’un héritier. Si l’épouse est déjà mère d’un garçon ou de plusieurs garçons, le couple peut s’en occuper. Néanmoins, l’épouse fait appel à des partenaires masculins qui n’ont qu’un rôle de géniteur. La femme-mari peut être impliquée dans le choix du géniteur des futurs enfants que lui donnera son épouse. Le donneur doit être un membre de la famille de la femme-mari mais de nos jours, cette tradition n’est pas souvent respectée. Autrefois, certains hommes étaient spécialement destinés à donner leur sperme. Le travail du géniteur se limite à ce don et ce dernier n’a aucun droit sur l’enfant.

Le garçon mis au monde permet alors à la femme-mari de devenir propriétaire et d’obtenir ainsi une terre dont l’héritier sera le garçon. Aussi, il perpétuera la lignée de la maison et en lui le souvenir ne mourra pas. Dans certains cas, la femme-mari veut remplacer son fils décédé et donne le prénom de ce dernier comme nom au nouveau né.

Le « nyumba ntobhu », un arrangement pour fuir les violences conjugales

Cette tradition fait bonheur des femmes et c’est le cas de Sabina, une femme-mari Kuria. « Qu’est-ce que les femmes mariées à un homme ont que je n’ai pas ? Est-ce la terre ? J’ai de la terre. Est-ce des enfants ? J’ai des enfants. Je n’ai pas d’homme mais j’ai une femme qui prend soin de moi »

Plusieurs associations s’insurgent contre cette tradition et dénoncent une grande exposition au VIH. En effet, dans une famille issue de cette union, les géniteurs peuvent être différents et nombreux. Les hommes Kuria s’élèvent contre cette tradition car des femmes ne veulent plus se marier avec eux et préfèrent fuir les violences conjugales. Il arrive donc que les femmes s’arrangent entre elles pour envisager cette union « nyumba ntobhu ». Il peut être un échappatoire pour les jeunes filles qui ne veulent pas être sous le joug d’un homme et qui fuit les violences. Il peut aussi être un exutoire pour la femme âgée qui ne veut pas vieillir dans la solitude.


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