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Burkina Faso : François Compaoré sous écrou à Roissy


François Compaore

Politique Burkina Faso (AfricaPostNews) – Visé par un mandat d’arrêt international émis par la justice burkinabè, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat de Norbert Zongo, François Compaoré a été interpellé par la police française, ce dimanche matin à l’aéroport de Paris-Charles de Gaulle.

Surnommé le « petit président » lorsque son frère, Blaise, était chef de l’État Burkinabé, François Compaoré a passé sa première nuit dans un centre de rétention de la police française.

Conseiller économique à la présidence du Burkina-Faso pendant quasiment trois décennies, ce personnage réputé discret et courtois a pourtant été la cible de nombreuses critiques de par son influence – sur son frère- et son rapport à l’argent.

François Compaoré revient sous les projecteurs, pour son implication supposée dans l’assassinat du journaliste qui enquêtait sur la mort suspecte de son chauffeur, David Ouédraogo.

Inculpation d’incitation à assassinat 

Tout commence en 1998, quand l’épouse de François Compaoré, Salah, suspecte leur cuisinier de vol. Le cuisinier reconnut son larcin et avoua avoir remis les fonds dérobés au chauffeur, David Ouedraogo. Ce dernier fut interrogé (d’abord par la gendarmerie puis par le Régiment de Sécurité Présidentielle) pendant plusieurs semaines avant de rendre l’âme suite à de mauvais traitements. Le journaliste d’investigation Norbert Zongo, s’empara de l’affaire avant d’être retrouvé à son tour, calciné dans sa voiture.

Tous les regards se tournèrent vers François Compaoré et l’opinion s’est interrogée sur sa responsabilité dans ces morts violentes.

Suite à une enquête internationale supervisée par Robert Ménard, patron de Reporters Sans Frontière (RSF) ainsi que de la justice burkinabé, monsieur Compaoré bénéficia d’un non-lieu en 2006.

Les opposants au régime ont dénoncé une décision de justice inique de la part d’une institution aux ordres.

Après la chute de son frère ainé, de nombreux dossiers concernant les Compaoré furent rouverts. François sera cité avec insistance dans le dossier Zongo.

Beaucoup de ses sympathisants n’ont pas compris cette décision, car la justice avait déjà déclaré un non-lieu et partant du principe qu’un citoyen ne peut être jugé deux fois dans un même dossier, ils ont très vite subodoré une chasse aux sorcières.

« Petit président »

Les poursuites visant les Compaoré ont un lien direct avec la manière avec laquelle ils ont gouverné le pays pendant trente ans.

François Compaoré, dans son registre était le grand manitou des dossiers économiques du pays. Son poste de conseiller économique à la présidence lui a permis d’avoir un représentant dans tous les conseils d’administration des sociétés publiques et parapubliques. Il était également consulté dans l’élaboration de la politique économique et budgétaire.

Son influence était décriée par beaucoup car elle lui permettait de favoriser l’obtention de certains marchés publics à ses proches. Ainsi, il lui fut reproché d’avoir favorisé, entre autres, sa belle-mère, Alizéta Ouédraogo, dans de nombreux appels d’offres de marchés publics.

Nécessité d’équité

L’arrestation de François Compaoré est pour beaucoup un signal fort lancé aux dirigeants du continent. Signal fort, dans le sens où laisser des ex-dirigeants impunis, qu’ils n’aient jamais de compte à rendre sur leur gestion ou sur les actes qu’ils ont pu poser, est désormais anachronique.

Il est cependant impérieux de faire en sorte que ceci ne soit pas perçu comme une chasse aux sorcières. S’il est tout à fait compréhensible que la justice se penche sur d’éventuels manquements, il est également indispensable que des procès justes soient organisés. Procès pendant lesquels, accusation et défense aient les mêmes droits. C’est le seul viatique qui redorerait le blason des institutions judiciaires trop souvent déconsidérées.

Ce besoin de procès équitable éviterait que des hommes politiques inquiétés soient transformés en héros, parce qu’une partie de l’opinion perçoive les tracasseries judiciaires qu’on leur fait endurer comme injuste. Quid de l’affaire Karim Wade au Sénégal ?

Le pays des hommes intègres aura beaucoup à gagner à solder les actes du passé avec impassibilité et justice.

 

SW


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