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[HORIZONS NOUVEAUX] : Travailler pour vivre ou pour survivre ?


Un jeune agriculteur au travail dans un champ de maïs, en Ethiopie.
Photo credit: C. Robinson/CIMMYT.

Chanceux êtes-vous qui me lisez aujourd’hui ! Cette sortie est inédite : je ne remonterai pas de bretelles et je ne tirerai pas d’oreilles, du moins le ferai-je légèrement. Ah, j’ai omis un autre détail alléchant : 0 chiffre aujourd’hui, enfin à part celui-là. Vous demanderez la chance que cela représente à vos prédécesseurs qui ont été emplis de culpabilité dès mon premier papier sur le braconnage ou à ceux qui ont relégué, au dernier plan, leur ambition de construire une villa sur la côte sénégalaise après avoir lu mon dernier plaidoyer.

Rassurez-vous, je viens, désarmée, vous livrer une pensée et vous inviter à penser avec moi.
Tout part des notions : la paix, la liberté, l’union, le travail. En les lisant comme ça, en les disant comme ça, elles semblent toutes dégager un fond uniforme, évident, véritablement universel. Pourtant, en observant comment ces notions se manifestent dans différentes parties du globe, l’on remarque des disparités, parfois très fortes, voire des oppositions. Prenons par exemple la liberté : la liberté comme perçue par un habitant de la République populaire de Chine, de la République du Congo ou de la Libye doit avoir l’allure d’une prison pour un habitant de la Suède ou des États-Unis. On peut pratiquement déceler le même type de phénomène pour toutes les autres notions dites universelles, je vous épargnerai les détails de cela mais, promis, nous nous retrouverons bientôt afin d’aborder le sujet de l’universalité des notions et sa remise en question.

Tout au long de ma réflexion, j’ai été particulièrement interpellée par le travail. Le travail, moteur de toute économie, doit être remis au centre du débat. De quoi s’agit-il ? Pour quoi travaillent les Africains ? Quelles perspectives pour le travailleur africain ?

De quoi s’agit-il ?

Si l’on ouvrait un dictionnaire Larousse, cette question, aux allures simples, accueillerait une quinzaine de réponses plus ou moins différentes ou dépendantes les unes des autres : on y retrouverait « activité professionnelle régulière et rémunérée », « toute occupation, toute activité considérée comme une charge », « ensemble des opérations que l’on doit accomplir pour élaborer quelque chose » entre autres.

Le travail, dans un cadre professionnel nous est présenté comme un terme qui prend plusieurs sens or, selon moi, il les englobe tous. Par exemple, dans la première définition évoquée, on retrouve la stabilité, financière que représente le travail, puis on plonge dans le côté disciplinaire du travail, qui doit absolument être réalisé et, enfin, dans le côté perfectionniste et progressif du travail.

Allons plus loin. Parlons de ce que représente le travail au point de vue le plus humain. Quel est le gain humain du travail ?

Le travail est la base de l’homme en société, il l’ouvre aux autres êtres dans une multitude de façons. Pour commencer, soit on travaille seul, soit on travaille en équipe. Dans les deux cas, le produit final doit satisfaire, soit son créateur soit son acheteur, au mieux les deux. Cela implique qu’il faut avoir pris connaissance au préalable de ce que l’on veut comme résultat et/ou des désirs d’autrui. Suivons l’enchaînement, apprendre à connaitre autrui peut s’avérer révélateur quant à soi-même.
Si l’on considère la rémunération, considérons donc ce qu’elle engendre : une sécurité financière espérée afin de pouvoir s’adonner à des passions diverses, découvrir de nouveaux horizons, de nouvelles cultures encore une fois, aller au contact de l’inconnu ou l’étranger afin d’en tirer des enseignements, des leçons, de l’épanouissement.

En somme, le travail permet de prendre plus conscience de soi. Il pousse l’humain à mieux se connaître, à mieux connaître autrui, à observer le monde qui l’entoure. Il forme le sous-bassement de la société avec la famille et l’éducation.

Bien évidemment, nous sommes encore dans l’idéal absolu. Concrètement, il ne serait pas aussi aisé de donner une définition au travail. Par contre, l’on peut observer de fortes disparités entre les différentes motivations du travail, ce qui permet de se rapprocher d’une négation de l’universalité de la notion. Pour changer, nous allons faire un zoom sur l’Afrique.

 

Pour quoi travaillent les Africains ?

Je sais, tout cela paraît bien généraliste mais 47% de la population africaine vit en dessous du seuil de pauvreté. C’est assez pour que nous nous sentions tous concernés. Vous me direz, « où est le rapport entre la pauvreté et ce pour quoi les gens travaillent ? » et je vous dirai qu’il n’y a pas plus lié. La fatalité de la pauvreté dénature tout travail. Il perd pratiquement tout le sens que l’on lui avait décelé plus haut. Il ouvre au monde dans le cadre du travail, mais en dehors, il est impuissant face à l’isolement de l’esprit. Je développe : vivant en dessous du seuil de pauvreté, on pourrait oser soutenir que 47% de la population africaine ne vit pas mais survit ; que 47% de la population africaine ne rêve pas. Quelle idée de s’imaginer s’ouvrir au monde, voyager, s’adonner à autre chose que le travail quand il est n’est quasiment pas suffisant pour se nourrir, se loger et envoyer ses enfants à l’école ? On note comme une robotisation de l’esprit qui ne se soucie que des besoins primaires car ce sont les seuls abordables, et encore. J’espère que vous vous rendez compte parce que si vous lisez ce papier, c’est que vous êtes, un minimum, instruits et que vous avez accès fréquemment à Internet ce qui, pour vous, est normal mais n’est pas envisageable pour près de la moitié des habitants du continent.

Quand le travail ne nourrit que le travail, il prend un sens totalement différent et n’est plus un moyen de changer ses conditions de vie mais ses conditions de survie. C’est un grand danger pour la cohésion de la société un être humain replié sur lui-même, souffrant pour le quart du minimum, n’ayant pas d’autres objectifs que de ne pas mourir.

Ceci étant dit, quelles perspectives pour le travailleur africain ?

L’histoire nous a appris que l’on ne peut rien imposer éternellement, au final, le travailleur africain décidera lui-même du sens qu’il donnera au travail. Cependant, il est de notre ressort et de notre devoir de présenter l’envers du décor, voire un autre décor, afin qu’il ait au moins le choix. Nous pouvons glorifier le travail et le compter dans les sources de vie sur notre continent. Tout le monde mérite de vivre, de rêver, de découvrir, de prendre conscience et le travail joue un rôle crucial dans ces réalisations.
Redéfinir le travail à l’échelle africaine, tel devrait être notre objectif.

Vous voyez que cette histoire d’universalité des notions souvent erronée cache des crises profondes, survolées à travers le globe, très souvent dans notre continent, que l’on abordera une par une en se fixant toujours des horizons nouveaux.

 


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