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Côte d’Ivoire : Ouattara/Soro la paix des braves ?


Alassane Ouattara et Guillaume Soro
Alassane Ouattara et Guillaume Soro (Reuters)

Politique Côte d’Ivoire (AfricaPostNews)- Arrivé à Abidjan le 22 octobre, après un long séjour en Europe, Guillaume Soro a été reçu en audience au palais présidentiel le 3 novembre dernier.

Les relations tendues entre Alassane Dramane Ouattara (ADO) et Guillaume Kigbafori Soro (GKS) étaient un secret de polichinelle. L’incarcération d’un des proches collaborateurs du président de l’Assemblée nationale (PAN), a convaincu l’opinion du malaise au sommet de l’État.

Dans une démarche de « décrispation » Alassane Ouattara et Guillaume Soro se sont rencontrés pour aplanir leur désaccord et s’entendre sur un partenariat efficient pour les deux parties.

De complice à duplice ?

ADO et GKS se sont connus dans les années 90. Rien ne prédisait que ce technocrate policé et ce leader estudiantin fougueux, ne feraient cause commune.

Guillaume Soro, de sensibilité socialiste, ancien disciple de Laurent Gbagbo, n’avait quasi aucune convergence idéologique avec Alassane Ouattara le libéral.

La succession difficile d’Houphouët Boigny, les réunira, quand, à travers Ouattara, les citoyens du nord du pays furent ostracisés. Cette proximité connut un moment de flottement en 2007, quand Guillaume Soro fut nommé premier ministre de Laurent Gbagbo. Les liens se resserrèrent pendant la crise postélectorale de 2011, où le soutien de Guillaume Soro et de ses hommes armés furent décisifs.

Si il est vrai que ces deux hommes avaient une proximité réelle, à la fois personnelle (ADO parlait de GKS comme de « son fils ») et politique, il semble, à beaucoup d’observateurs que la  « lune de miel » ait prit fin à cause de la présidentielle de 2020 à venir.

Ainsi, l’opinion fut témoin, ces dernières semaines, quasi à chaque conseil des ministres, de l’éviction de haut responsable proche de Guillaume Soro. Ainsi, par exemple, Alain Lobognon (ex-ministre des sports), Affoussiata Bamba Lamine (ex-ministre de la communication), Sidiki Konaté (ex-ministre du tourisme) furent déchargés de leur responsabilité gouvernementale pour des motifs divers et variés. Issiaka Fofana (ex-directeur général de la loterie nationale) connut également le même sort. Autre fait important, la mise sous surveillance par la Direction de la Sureté du Territoire (DST) de proches de GKS, ainsi que la baisse des effectifs affectés à la sécurité du PAN ont continué d’allonger la longue liste des griefs que font les « Soroïstes » au pouvoir actuel.

Pour les proches de GKS, tout ceci fut perçu comme une chasse aux sorcières. Le paroxysme de la crise fut atteint, après l’incarcération du chef du protocole du président de l’assemblée nationale, Souleymane Kamagaté alias « Soul to Soul », pour  complot contre l’autorité de l’État. Cette inculpation a été justifiée par la découverte d’une cache d’arme (6 tonnes d’armement en tous genres) dans une de ses résidences de Bouaké.

La publication de la lettre ouverte de Soul to Soul, depuis sa prison sur les networks officiels du PAN, a fini de convaincre les plus sceptiques que la messe était dite et le divorce consommé.

 

Volonté de calmer le jeu

Arrivé à Abidjan, après un long séjour de huit semaines en Europe, Guillaume Soro a organisé une conférence de presse dans les salons d’honneur de l’Aéroport international Félix-Houphouët-Boigny.

Pendant cette conférence de presse, le PAN a exhorté chacun à la retenue et affirmé qu’il avait de « bonnes relations avec le chef de l’État » poursuivant sur l’incarcération de son chef du protocole, il affirma « faire confiance en la justice de son pays ».

Deux jours plus tard, en marge d’un mini-sommet de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le chef de l’Etat ivoirien, Alassane Ouattara a déclaré : «C’est un jeune homme que j’ai proposé à mon parti pour occuper le poste de président de l’Assemblée nationale. Il ne saurait y avoir de crise entre lui et moi ».

 

Suite à ces déclarations, ces deux personnalités se rencontrèrent au palais présidentiel. Même si rien n’a filtré de leurs échanges, notre confrère, Radio France Internationale (RFI) nous apprend que l’audience accordée au président de l’assemblée Nationale par le chef de l’État ivoirien a porté principalement sur trois points majeurs, à savoir, l’origine, les responsabilités des uns et des autres sur cette brouille puis sur les voies et moyens d’y mettre fin. Sur ce dernier point RFI nous apprend qu’il fut convenu, par les deux parties de neutraliser les extrémistes des deux camps mais aussi et surtout de définir la place de GKS et des siens dans la mouvance présidentielle.

D’aucuns ont perçu l’issue de cette audience comme une conclusion au vaudeville observé à la tête du pays ces dernières semaines. Au-delà, de cette divergence d’opinion, la brouille entre ces deux hautes personnalités a mis à nu, la fébrilité ambiante dans le pays mais aussi et surtout la sensation de fin de règne qui prévaut en ce moment.

À trois ans de la fin de son deuxième mandat, Alassane Ouattara a l’obligation de préparer de manière apaisée et consensuelle sa succession. Avec une opposition divisée et quasi inoffensive, sauf surprise, le prochain président ivoirien sera issu du Rassemblement des Houphouetistes pour le Développement et la Paix (RHDP).

Nolens volens, le président Ouattara devra organiser une consultation transparente et équitable et de facto, se plier au verdict de la majorité de sa famille politique. L’appréciation de son héritage politique dans sa globalité, dépendra de la manière dont il préparera sa succession. Ceci constituera le dernier acte politique d’envergure de sa longue carrière politique.

Départ en majesté ou par la petite porte ? Verdict dans 1266 jours.

 

-SW


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