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Cote d’Ivoire: Soro, Vice-président du RDR : Signe d’accalmie ou nouvelle humiliation ?


Alassane Ouattara et Guillaume Soro
Alassane Ouattara et Guillaume Soro (Reuters)

À la surprise générale, figurait en pole position, dans l’ordre protocolaire, le nom de Guillaume Kigbafori Soro (GKS). Le Président de l’Assemblée Nationale (PAN) qui jusqu’à peu, était en froid avec le pouvoir en place se voit gratifier d’une place de choix.

Si beaucoup avaient prédit une rupture avec le parti présidentiel, il semblerait qu’on aille plutôt vers un raffermissement des liens. Seule ombre au tableau, le champ d’action du nouveau vice-président. Des partisans de Guillaume Soro semblent le trouver trop étriqué pour sa stature.

Audience présidentielle

Le 3 novembre de ce mois, en fin d’après-midi, le président de la république, Alassane Dramane Ouattara (ADO) a reçu le PAN au palais présidentiel pendant une heure et demie. Cette audience avait pour objectif d’aplanir leurs différends. Elle fut organisée par Birahima Téné Ouattara (BTO), ministre des Affaires présidentielles et frère cadet du président Ouattara.

À l’issue de cette audience, ADO et GKS ont décidé de neutraliser les extrémistes des deux camps, d’échanger sans intermédiaire le plus possible. Il fut également convenu de mettre fin à cette impression de chasse aux sorcières, menées contre les pros Soro, dans le gouvernement et dans la haute administration ivoirienne. Cette nomination au poste de vice-président du RDR, pour le compte de la région du Tchologo (nord du pays) est cependant, pour de nombreux observateurs, assez surprenante.

Vice-président d’envergure régionale

Cette place faite à Guillaume Soro au sein du parti paraît à beaucoup, comme un rameau d’olivier. Sauf qu’un aspect de cet honneur est sujet à caution. Bien que protocolairement, il soit le 1er vice-président pour le compte d’une région au RDR, il partage cette région avec le frère cadet du président de la République, Birahima Ouattara.

Ce fait est assez atypique pour être relevé. En plus d’être la région où se situe la circonscription électorale de Guillaume Soro, elle fut également une des zones tenues par l’ex-rébellion des Forces Nouvelles (FN), que dirigeait ce dernier. « Partagé » cette zone d’influence avec le frère cadet du chef de l’État pourrait être interprétée par certains comme « un marquage à la culotte ».

D’autant que Birahima Ouattara, a plus le profil d’un financier, que d’un politique. Principal lieutenant de son ainé, Birahima Ouattara s’est toujours occupé des finances du RDR comme de la présidence. Bien que député-maire de Kong (fief des Ouattara), Birahima Téné Ouattara n’a, pour certains, pas le même poids politique que le PAN. D’aucuns vont à penser qu’Henriette Dagri Diabate et Kandia Camara (secrétaire générale du RDR) avaient clôturé leurs listes au moment de la réconciliation entre ADO et GKS. Il a donc fallu, trouver un strapontin en urgence au PAN et par la même occasion ne pas lui laisser tout l’espace.

Rivalité Soro/Coulibaly

Ceci mit de côté, le plus important se situerait sur le consentement même du PAN. Nos sources introduites au parlement ivoirien vont à affirmer que Guillaume Soro aurait décliné cette nomination. Et cela pour deux raisons principales : le type de fonction, mais aussi et surtout parce que ce poste est inférieur à celui du Premier ministre Amadou Gon Coulibaly (AGC).

En effet, le raisonnement du PAN serait, qu’au regard des services rendus à ADO, en plus des fonctions qu’il a occupées dans l’organigramme étatique, il méritait mieux qu’un poste à rayonnement régional.

Guillaume Soro partirait du principe qu’acteur politique de premier plan il est, une fonction digne d’un homme d’État aurait dû lui échoir. Enfin, GKS estimerait que quitte à le nommer à une fonction, celle-ci ne devrait pas être inférieure à celle d’AGC, qui lui, est le seul vice-président national du RDR. L’un dans l’autre, ce qui pouvait être perçu comme un signe d’apaisement entre le camp du chef de l’État et celui du président de l’assemblée aurait au contraire relancé les hostilités.

Il n’aura échappé à personne qu’il se joue en ce moment, un nouvel épisode de la succession d’Alassane Ouattara. Si cela est avéré, le processus « d’intronisation » d’Amadou Gon Coulibaly, fils spirituel d’ADO, semble être en marche, et cela envers et contre tous.

Dans ce qui pourrait être interprété par le citoyen ivoirien lambda, comme une guéguerre politico politicienne, ces intrigues de palais semblent être à des années-lumière des attentes des populations. Population, qui attend qu’on améliore son pouvoir d’achat, que le chômage soit endigué et que le système d’éducation et de santé soient efficients. Si des armes se fourbissent dans la pénombre pour la présidentielle de 2020, d’aucuns espèrent que ces responsables politiques sauront épargner la Côte d’Ivoire et ses habitants d’une énième crise tragique.


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