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[HORIZONS NOUVEAUX] : Être séropositif n’est pas un crime


© project-syndicate.org

Des horizons nouveaux, encore des horizons nouveaux …
En cette journée particulière de lutte contre le SIDA, je tiens à vous rappeler le rôle de Horizons Nouveaux.
Ici, il s’agit toujours d’observer et de relater les phénomènes, les mécanismes, les déboires actuels afin d’envisager un meilleur lendemain, modelé par notre action, en Afrique. En effet, bâtir l’avenir c’est mener des combats justes aujourd’hui. Mon propos manque d’exactitude : Bâtir un avenir ambitieux c’est mener des combats justes aujourd’hui. Je tiens à insister sur l’adjectif « juste ». Au vu de la multitude de démons que l’on chasse, nos combats les plus nobles prennent parfois, au fil du temps et du découragement, un tournant désastreux. Nos actes finissent même, dans certains cas, par refléter ce que l’on dénonce.

C’est le cas dans notre chère Afrique avec la lutte contre le SIDA. Affectés comme nous le sommes, la lutte contre le VIH et ensuite contre le SIDA ne peut être que vivement louée et encouragée. Cependant, il y a une fine limite entre lutte et stigmatisation qu’il faut s’ordonner de ne pas franchir au risque de mettre en péril nos mœurs, notre intégrité voire notre progrès, notre développement.

Les chiffres du SIDA sur le continent africain sont accablants avec 26 millions de personnes atteintes en Afrique subsaharienne. À l’échelle mondiale, l’Afrique compte 70% des personnes vivant avec le SIDA. Mais là n’est pas le plus alarmant : 68% des personnes interrogées ne voudraient pas faire le test du sida « de crainte d’un résultat positif et de crainte d’être stigmatisées ». Comme si la maladie ne prenait pas déjà les airs d’un triste sort, nos frères, nos sœurs, sont rejetés des leurs. Ce rejet, cette exclusion souvent inconsciente naît généralement d’un manque de connaissances sur le sujet.

Tolérance, persévérance, sensibilisation et inclusion

Pour certains, être dans la même pièce que quelqu’un atteint du VIH ou déjà au stade SIDA représente une situation gênante, inconfortable. Mais, il faut se le dire, prétendre lutter contre le SIDA et participer à la stigmatisation des séropositifs, c’est stupide. Stupide, oui, à quoi bon lutter et provoquer l’effet inverse en même temps ?

Il est inconcevable de faire des progrès nets si les séropositifs se cachent de honte, de crainte du jugement de l’autre. Autant la lutte ne se fera pas sans sensibilisation pour les générations actuelles et à venir, autant elle ne se fera pas sans les principaux concernés. Pour lutter efficacement, nul besoin de génies ou de moralisateurs mais, plutôt, de tolérance, de persévérance, de sensibilisation et d’inclusion.

Évitons la stigmatisation

Si chaque heure, 26 adolescents de 15 à 19 ans sont infectés, stigmatiser les séropositifs c’est abandonner nos enfants.

Si ¾ des adolescents nouvellement infectés sont des filles, stigmatiser les séropositifs c’est laisser tomber nos filles, nos futures mamans.

Si le SIDA est la 1re cause de mortalité en Afrique chez les 10-19 ans alors stigmatiser les séropositifs c’est sacrifier toute une génération.

Ne voyez-vous pas ? La stigmatisation des séropositifs met en danger le développement du continent puisque dans cette crainte injustifiée, dans ce rejet cruel, nous ne mettons pas de côté n’importe qui mais des acteurs de la société, des acteurs du développement mais avant tout, nos égaux. Cessons de se croire meilleurs que les autres. Cessons de juger. Cessons de constamment assimiler ce fléau à l’irresponsabilité et voyons plutôt comment notre action peut changer l’état des lieux. Les séropositifs ne sont pas des pollueurs. Arrêtons de condamner des semblables qui se sentent déjà, quelque part condamnés.

Sauver des générations

Je ne prendrai aucune pincette dans ce papier. Nous nous transformons, clairement, en bourreaux. Je m’inclus car j’estime que si la stigmatisation prend de telles proportions c’est que tout le monde y joue un rôle, même, voire la plupart du temps, inconsciemment. Nous mettons des générations en danger. Imaginez combien de transmissions on peut compter dans les cas où les infectés ignorent qu’ils sont séropositifs tout simplement parce que le SIDA est perçu comme une source de dégoût. Toutes ces infections que l’on aurait pu éviter en étant tout simplement plus tolérant.

Imaginez.

Je m’adresse maintenant à vous, souffrant dans l’isolement, dans la détresse sociale que vous vous sentez obligés à camoufler. Nous avons besoin de vous, que ce soit dans le combat contre le SIDA, dans la marche du développement, dans nos vies car au vu des chiffres, nous sommes, réellement, tous concernés.

En ce qui concerne plus particulièrement la lutte contre le SIDA, continuons à sensibiliser, sur la contraception, sur les différentes voies de transmission, sur les populations les plus à risque, sur le rapport entre la pauvreté et le syndrome qui ne peut pas être négligé.

Je tiens à saluer les efforts déjà amorcés, aujourd’hui les nouvelles infections ont été réduites de 16%. Le combat est encore long, avec les bons ajustements, il ne saura nous dépasser.

Persévérons.


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