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Côte d’Ivoire : un 3e mandat pour Alassane Ouattara ?


Le Président Ivoirien Alassane Dramane Ouattara
Le Président Ivoirien Alassane Dramane Ouattara – Crédit photo : Mediapart

Côte d’Ivoire Politique (AfricaPostNews) – Dans une interview donnée le 25 novembre dernier à la chaine de télévision française, France 24, une des réponses d’Alassane Dramane Ouattara (ADO), président de la Côte d’Ivoire a fait grand bruit.

À la question du journaliste, Marc Perelman, sur le respect de son engagement à ne pas se représenter à l’élection présidentielle, le chef de l’État a affirmé : «a priori je ne le ferai pas. Même si nous avons une constitution qui m’aurait autorisé à le faire». Le terme « à priori » a poussé le journaliste à relancer le président de la république, qui a rajouté « Attendez 2020 et vous connaîtrez ma réponse à ce moment-là ».
Cette réponse timorée a provoqué une levée de bouclier quasi généralisée.

Appel de Daoukro et création du RHDP

En 2005, lorsque le Rassemblement pour la Démocratie et la Paix (RHDP) fut créé à Paris, les partis signataires s’engagèrent à soutenir, celui d’entre eux qui arriverait au second tour de l’élection présidentielle de 2010. Cet accord permit l’élection d’Alassane Ouattara à la présidence de la république. Il fut également mis en place pendant les élections législatives de 2011.
En 2015, souhaitant se représenter à sa propre succession, ADO sollicita et obtint du Parti Démocratique de Côte d’Ivoire, de l’ancien président, Henri Konan Bédié (HKB), que cette formation ne présente pas de candidat et le soutienne dès le 1er tour.
HKB, lança l’appel devenu célèbre, sous la dénomination «appel de Daoukro ». Il fit savoir à l’opinion que le PDCI soutiendrait le président sortant et qu’à la prochaine élection, le Rassemblement Des Républicains (RDR) ferait la même chose cette fois pour un candidat PDCI.
Mieux, le président ADO avait même émis le vœu qu’à l’avenir le RHDP devienne un parti à part entière et que les partis traditionnels, membres de cette alliance se fondent dans ce nouveau mouvement.
Un chronogramme fut même arrêté, mais les échéances ne furent jamais respectées. D’aucuns ont très vite identifié des caciques, accusés de peser de tout leur poids, dans ces deux partis, pour que cette fusion ne voit jamais le jour.

Volonté de contenir des ambitions ?

Cette déclaration à France 24 a été perçue par de nombreux observateurs comme une volonté du président de la république de signifier à tous ses successeurs putatifs, qu’il fallait encore compter sur lui. Qu’à deux ans de l’échéance de son mandat présidentiel il est encore seul maitre à bord.
Cet état de fait, proviendrait de l’activisme de plusieurs de ses proches, en tête desquels, se trouverait Guillaume Soro, Président de l’Assemblée Nationale (PAN). PAN, qui ne cache plus ses ambitions présidentielles. Beaucoup dans l’entourage du président Ouattara, n’ont pas hésité à subodorer qu’il attisait le feu en coulisses pour fragiliser le régime. Le point d’orgue, aura été la découverte de cache d’arme dans l’une des résidences de son directeur du protocole, qui a permit aux mutins de reprendre l’avantage sur les forces restées loyales au gouvernement.
Cette déclaration a surtout eu lieu, après une nomination du même Guillaume Soro au poste de vice-président du RDR en charge de la région du Tchologo. Geste censé ramener la sérénité mais décrié par des soutiens du PAN estimant cette fonction peu prestigieuse.
Sortir le joker du « chef et je compte le rester » aurait pour mérite que tous ceux qui se projette en 2020, cesse de parasiter son action.

Stratégie risquée

Les limites de ce plan sont multiples. Le président ADO a très tôt déclaré, urbi et orbi que ce serait son dernier mandat. Mieux, qu’il se pourrait même, qu’il se retire avant l’échéance. Cela, il l’a fait savoir lors de la révision constitutionnelle de 2015 pour justifier la création du poste de vice-président. Le président Ouattara, avait dit ceci : « Il se pourrait que je me retire avant 2020. Si je vois que le vice-président a pris le pli et que les dossiers avancent plus que de raison, il n’est pas exclu que je m’en aille avant ».

Ayant été jusque-là, plus que claire, cette sortie du président ivoirien laisse beaucoup songeur. Élu président de la République, démocratiquement mais qui a eu accès au pouvoir par les armes, Alassane Ouattara se doit de soigner sa sortie. Rien que l’idée de se dédire et «manger son chapeau » en se représentant en 2020, serait du plus mauvais effet. Jugé illégitime par 45,90% (suffrage de Gbagbo en 2010), de la population, englué dans une crise économique sévère, une action parasitée par les mutineries de ces dernières semaines. Rajouter à ceci le mélodrame lié à ces relations tendues avec Guillaume Soro. S’attirer les foudres des partisans de l’alternance en 2020 et de ceux qui pensent leurs heures arrivées semble être une stratégie hasardeuse car rajoutant de la difficulté et de la complexité à une équation déjà loin d’être soluble. Il est fortement à prévoir des pesanteurs au sein même de son gouvernement, voir des sabotages, si ce projet prospérait.

D’un autre côté, si cette position est uniquement affichée pour impressionner des héritiers un peu trop pressés, le risque encouru, sera une perdre en crédibilité substantielle. Nul besoin de rappeler qu’en politique, toute menace, ligne jaune ou rouge fixé fait naitre dans le camp adverse, la volonté de tester ces limites. Faisant de facto de vous un prisonnier de votre propre jeu et dans certains cas, ne voulant pas perdre la face, vous contraindre à aller dans les extrêmes.

En l’état actuel des choses, d’aucuns pensent que si ADO, veut sortir par la grande porte, et ne pas être voisin de cellule de Laurent Gbagbo, à La Haye, il a intérêt à se consacrer sur sa fin de mandat et laisser sa succession se faire sans lui. À part se carboniser, il ne pourra rien en tirer d’autre.
Aura-t-il la clairvoyance de s’en rendre compte.
Le Président Ouattara est, désormais, seul face à l’Histoire !

-SW


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