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Congrès du PCT : Préparation de l’après-Sassou ?


Le président congolais Denis Sassou Nguesso
Le président congolais Denis Sassou Nguesso.

Congo politique (AfricaPostNews) – Début 2018, le Parti Congolais des Travailleurs tiendra son congrès ordinaire. Au cours de ce congrès sera élu le secrétaire général du parti pour un mandat de quatre ans.

Le mandat du secrétaire général qui sera élu en 2018, arrivera à échéance en 2022, soit un an, après l’élection présidentielle de 2021. Ce poste stratégique est pour le parti au pouvoir, le cœur du réacteur. Toute personne dans l’entourage du président Sassou qui a des ambitions présidentielles, à des vues sur ce poste pour lui ou pour un obligé.

Sassou, Dos Santos d’Afrique Centrale ?

L’activisme observé à la veille de ce congrès, proviens du fait que quelques proches du président Sassou militeraient auprès de lui, pour qu’en 2020, il ne se représente plus. Réélu en 2015, après un scrutin contesté violemment par ses opposants, le président Sassou n’est plus, pour certains de ses proches, le meilleur candidat pour l’élection de 2020.

La contestation de l’élection de 2015 a conduit les principaux opposants du président Sassou en prison. Ainsi depuis bientôt deux ans Jean-Marie Michel Mokoko (J3M) ou encore André Okombi Salissa (AOS) sont placés sous mandat de dépôt à la prison de Brazzaville. Ces anciens proches du président Sassou -J3M était un de ses conseillers et émissaires sur les questions de sécurité et de défense.

 AOS lui a fait au côté de DSN la guerre de 1997 et a été plusieurs fois ministre- sont accusés de « détention illégale d’arme de guerre » et « atteinte à la sécurité de l’État ». À ces incarcérations que beaucoup d’organisation non gouvernementale (ONG) dénonce avec vigueur, il faut ajouter la guerre contre les partisans du pasteur Ntumi dans le Pool, qui est un autre facteur d’instabilité.

Last but not least, la conjoncture économique, véritable banqueroute, est le point le plus important dans leur argumentaire. Dans le sens où, l’aide des institutions de Bretton Woods (FMI, Banque Mondiale auquel il faudra certainement rajouter le club de Paris) sera conditionnée par des réformes structurelles d’envergure. Le citoyen lambda verra certainement son pouvoir d’achat rétrécir, voir même, à des baisses de salaire, dans le but de rendre le pays plus compétitif. Des troubles seront inévitables. La seule réponse répressive ne sera pas une réponse efficiente.

 Il se susurre autour du palais de Mpila (Résidence personnelle de DSN) que l’exemple du président angolais Dos Santos, qui se retrouvait dans une situation analogue, et qui a cédé le fauteuil présidentiel à son successeur (Joao Lourenço NDLR). Ce scénario aurait été présenté au président congolais par un de ses proches.

D’autant que le président angolais bien qu’ex-président est toujours le chef du parti au pouvoir avec un droit de regard sur les nominations au gouvernement, dans la haute administration et au sein de l’armée. Ce schéma permettrait au président de passer la main, prendre plus de temps pour lui, tout en veillant sur son héritage politique.

Ce congrès du PCT sera scruté par tous. En découlera une orientation pour l’élection de 2018. Ainsi la Lettre du Continent de cette semaine, nous apprend qu’une frange de plus en plus importante militerait pour que le président Sassou ne rempile pas en 2021.

Choc des titans

La Lettre du Continent n°766, nous apprend que plusieurs personnalités jouent de leurs influences pour contrôler ce poste stratégique. Ainsi, Denis Chrystel Sassou Nguesso (DCSN), fils du président congolais, député d’Oyo (fief des Sassou) et directeur général adjoint de l’aval pétrolier à la Société Nationale du Pétrole Congolais (SNPC), jouerait de tout son poids pour que ce fauteuil lui revienne. Ayant le soutien de plusieurs députés et sénateurs, en plus de sa surface financière importante, DCSN semble être bien parti pour occuper ce poste.

DCSN au poste de secrétaire générale du PCT serait une hérésie pour certains caciques, ex-vétéran de la guerre civile de 1997. Présent autour du président Sassou au moment de la reconquête du pouvoir, ils ont à ce jour, encore une influence certaine sur le parti et ses militants. Prendre le parti sans leurs assentiments serait soit impossible soit synonyme de conflits à venir. Et si malgré tout cela il y parvenait, des sabotages de son action ne seraient pas à exclure.

Ces vétérans auraient pour candidat, l’ancien président de la commission de la Communauté Économique et Monétaire de l’Afrique Centrale (CEMAC), Pierre Moussa. Ancien ministre du plan, il est membre fondateur du PCT et compagnon de route du président Sassou, il semble être le bon compromis. Reconnu pour sa discrétion, ses compétences et sa parfaite connaissance du parti et de ceux qui le composent.

Outre Pierre Moussa, un autre nom et non des moindres est également cité. Ex – maire de Brazzaville, actuel ministre des Sports et gendre du président Sassou – époux de la fille du président, Ninelle Sassou Nguesso- Hugues Ngouélondélé semble avoir ses chances. Il semblerait vouloir rassembler autour de sa candidature toutes les bonnes volontés. Réputé richissime, il se distingue ses derniers temps par de nombreux dons aux personnes démunies.

Tout comme son beau-frère, il devrait faire face à une adversité tenace. Toute candidature d’un membre de la famille serait vue d’un mauvais œil. Resté silencieux jusque-là, la volonté du président Sassou, de son bras droit, Jean-Dominique Okemba (JDO ; patron des services secrets) ou de Wilfried Nguesso (autre membre de la famille très important) n’est pas connue.

Nul besoin de préciser que rien ne se fera sans eux, tellement les enjeux sont importants. Plus les jours s’égrènent plus le Congo se rapproche inexorablement vers l’après-Sassou. Âgé de 74 ans, dire que le président est plus vers la fin de sa vie que du début ne serait faire injure à personne.

Nolens volens, le Congo lui survivra. Une fois que cela est dit, il faut se demander quel type de Congo ? Un Congo prospère, avec des institutions solides et des citoyens satisfaits de la gestion de ses dirigeants ou un pays connaissant les affres de la guerre, en déstabilisation chronique ?

Cela semble pour beaucoup anecdotique ou complètement hors de propos, mais la direction du PCT aura une influence sur le destin du pays. Parti majoritaire qui a face à lui une opposition exsangue, traquée et emprisonnée, tout se décidera à priori en son sein.

Doit-on le condamner ? Certainement. Pour l’heure, il faut espérer que celui qui sera élu aura les capacités de gérer l’alternance (s’il y en a une) et de désigner un candidat de manière transparente et sans qu’aucun passe-droit ne soit accordé à quiconque. Ayant tout fait pour occuper tout l’espace, le PCT récoltera également quolibet et sera mis au pilori, s’ils mènent le pays un peu plus dans l’abîme. En sont-ils conscients ? L’avenir le déterno-mininga.


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