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Rwanda : des réfugiés rwandais bientôt apatrides ?


© afrique-centrale.fr

Rwanda (Kigali) – En octobre 2009, profitant d’une visité du Haut-Commissaire des Nations Unies pour les réfugiés à Kigali, le régime actuellement au pouvoir, demanda à ce dernier d’invoquer la clause de cessation du statut de réfugiés prévue par la Convention de Genève de 1951 contre les réfugiés rwandais au motif que le Rwanda serait devenu un pays sûr. Reportée à plusieurs reprises depuis décembre 2013, cette clause devrait être finalement appliquée ce 31 décembre. Une situation qui inquiète les milliers de réfugiés rwandais, éparpillés dans différents pays depuis le génocide de 1994.

Le compte à rebours est lancé. En effet, il ne reste plus qu’un jour avant l’expiration du moratoire relatif à la clause de cessation du statut de réfugiés. Cette clause décrétée par le pays, stipule qu’à partir du 31 décembre prochain les réfugiés rwandais vivant dans différents pays du monde ne seront plus identifiés comme tels. Suivant cette logique, tout Rwandais vivant à l’étranger en tant que réfugiés a encore un jour pour rentrer au Rwanda, pays d’origine, ou s’installer définitivement dans le pays d’accueil. De même, dans ses déclarations faites en septembre à la presse locale, la ministre rwandaise chargée des Réfugiés et de la gestion des catastrophes, Séraphine Mukantabana, assurait que « tout réfugié rwandais qui ne sera pas au Rwanda d’ici le 31 décembre 2017, cessera d’être considéré comme réfugié rwandais. ».

Des réfugiés lésés par la communauté internationale

La guerre d’octobre 1990 marque le début de la conquête au pouvoir du Front Patriotique Rwandais (FPR). Suite à celle-ci, plusieurs millions de rwandais prennent le chemin de l’exil en fuyant les exactions commises par l’APR, branche armée du parti actuellement au pouvoir. Presque trente ans après, ils sont encore des dizaines de milliers vivant dans des camps de réfugiés pour la plupart dans des pays d’Afrique subsaharienne notamment au Congo, plus gros pays d’accueil avec 250 000 réfugiés rwandais.

Etonnamment, les nombreux avertissements lancés par les organisations de défense des droits de l’Homme relatifs aux nombreuses violations des droits de l’Homme recensés au Rwanda, n’ont guère suffit pour que le Haut-Commissariat des Nations Unies pour les Réfugiés (HCR) revienne sur sa décision d’appliquer la clause de cessation du statut de réfugiés. Toutefois, s’il est aisé de saisir les intérêts du régime rwandais pour l’application de cette clause (l’application de la clause permettra en effet au parti de garder sous contrôle des témoins de ses exaction), l’insistance du HCR est difficilement compréhensible.

La question du retour des réfugiés au Rwanda s’est posée dès le mois de juillet 1994, au lendemain de la prise du pouvoir au Rwanda par le FPR. Suite à celle-ci, le HCR envoya une équipe chargée de déterno-mining si les conditions d’un retour étaient réunies. La réponse fut catégorique : les réfugiés ne pouvaient pas rentrer au Rwanda. Et pour cause, ceux qui rentraient au pays étaient systématiquement massacrés par le parti, sans distinction de sexe ni d’âge. Par conséquent, des milliers de réfugiés restèrent en exil. De plus, le mois d’octobre 1997 marqua un nouveau tournant, lorsqu’au motif de traquer les ex-génocidaires, le FPR lança une attaque massive sur les camps de réfugiés rwandais en RDC. Plusieurs dizaines de milliers de réfugiés, hommes, femmes, enfants furent alors systématiquement massacrés à l’arme lourde et légère.

Dans ces conditions et alors que le mouvement politico-militaire auteur de ces crimes est toujours au pouvoir au Rwanda, la décision du HCR de considérer le Rwanda comme un pays sur, risquant par-là d’envoyer des rescapés de ces massacres à leurs bourreaux est difficilement compréhensible et apparait comme un véritable abandon.

Le HCR promet un suivi

Pour le HCR, la réponse est simple : les pays d’accueil qui s’y sont engagés et l’agence onusienne promet de rester vigilante, et notamment d’obtenir le maintien de ce statut de réfugié au cas par cas pour ceux qui prouveront qu’ils risqueraient leur vie en rentrant dans leur pays. Ainsi, ce sera aux pays d’accueil d’en décider. Toutefois, le HCR maintient avoir signé des accords visant à protéger les droits de ces réfugiés avec ces derniers.

Toutefois, pour l’ancien ambassadeur, Jean-Marie Vianney Ndagijimana, activiste de la société civile en exil, le HCR n’a jamais protégé la communauté rwandaise réfugiée. A suivre…


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