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Sénégal : Une statue en l’honneur du capitaine Mbaye Diagne sera bientôt érigée à la Place du Tirailleur


Photo non datée du capitaine sénégalais Mbaye Diagne / RFI –
© AFP PHOTO REPRODUCTION

Le mercredi 17 janvier dernier, dans son édition du journal télévisé du 20H, la chaîne nationale sénégalaise (RTS1), a annoncé de la construction prochaine d’une statue en l’honneur du capitaine Mbaye Diagne. Ce projet, fortement salué par une partie de la société civile, entre dans le cadre de la restructuration de la Place du Tirailleur sénégalais à Dakar. Ainsi, le capitaine Mbaye Diagne dont le courage et la bravoure doivent servir d’exemple à la jeunesse africaine pourra enfin jouir de la reconnaissance qu’il mérite.

Un héros du génocide rwandais injustement méconnu

Le capitaine Mbaye Diagne s’est distingué par sa bravoure et neutralité lors du génocide rwandais en 1994. Celui-ci faisait partie des militaires sénégalais envoyés par l’Organisation des Nations unies (ONU) en mission d’observation du Rwanda en 1994. Pourtant, le capitaine est passé d’observateur à héros au Rwanda par sa bravoure et son altruisme.

En effet, à l’heure où la communauté internationale fermait les yeux et tournait le dos face au génocide, Mbaye Diagne offrit l’exemple en menant de nombreuses opérations de sauvetage hautement aléatoires face à des miliciens incontrôlables. La Mission des Nations unies pour l’assistance au Rwanda (Minuar) était entravée par le mandat exclusivement défensif que lui avait imposé le Conseil de sécurité, sans considération pour la boucherie en cours. Ainsi, en tant qu’observateur militaire, Mbaye Diagne circulait sans armes. « Nous n’avions même pas droit à un couteau », a rappelé le colonel Mamadou Sarre qui était aussi en mission à cette époque au Rwanda. « On n’avait que la parole pour venir en aide aux civils », a-t-il expliqué.

Dans cette logique, « Mbaye Diagne était passé maître dans l’art de négocier », rappelle la journaliste britannique Linda Melvern, auteur de plusieurs livres sur le génocide. En effet, le jeune homme âgé de 36 ans à l’époque organisait de sa propre initiative des échanges de prisonniers entre le camp gouvernemental et le Front patriotique rwandais (FPR), tout en menant des opérations hasardeuses de sauvetage.  Pour le général canadien Roméo Dallaire, ancien commandant en chef de la Minuar, « il était le plus courageux de tous ».  De plus, toujours selon ce dernier, tous ceux qui l’ont croisé à Kigali pendant le génocide se souviennent d’un homme jovial, maître de ses émotions face aux barrages de miliciens qu’il franchissait chaque jour au culot.

Ainsi, armée seule de sa bravoure, Mbaye Diagne réussit pourtant à sauver plus de 600 civils tutsis et hutus lors de ce génocide qui a fait plus de 800 000 morts en quelques semaines. Pourtant, le capitaine Mbaye Diagne paiera de sa vie son courage. Le 31 mai 1994, alors qu’il se trouve à un chèque-point gouvernemental dans son véhicule aux couleurs des Nations unies, il est tué sur le coup par un éclat de mortier présumé tiré par la rébellion du FPR. Les propos du journaliste Mark Doyle sont révélateurs : “je n’ose imaginer ce que le monde aurait dit de lui si ce héros avait été blanc”.

Une reconnaissance tardive, mais croissante de la communauté internationale

Le capitaine Mbaye Diagne demeurait un inconnu au sein de la communauté internationale, mais également dans son propre pays. En effet, aucune rue de la capitale sénégalaise ne porte son nom et à Pikine, quartier populaire de la banlieue dakaroise où il a grandi, peu connaissent son histoire. Dans cette logique, une pétition a été lancée en mai 2017 par la population et sa diaspora afin qu’une rue ou un boulevard soient rebaptisés en son honneur et réparer enfin cette injustice.

Au Rwanda, en revanche, le nom du capitaine Mbaye Diagne figure en bonne place parmi les Justes qui ont risqué leur propre vie afin de sauver des civils menacés d’extermination. En juillet 2010, Paul Kagame lui décerna à titre posthume le Prix Umurinzi, symbolisant le service rendu au peuple rwandais. « Pour votre bravoure et votre sacrifice pendant le génocide du 1994, et pour montrer au monde la vraie signification de l’Ubuntu africain, le peuple rwandais vous sera toujours endetté » avait affirmé le Président rwandais à sa veuve et ses deux enfants. Par ailleurs, l’ambassadeur rwandais a évoqué en 2014 sa mémoire avec des sanglots dans la voix devant le Conseil de sécurité.

En octobre 2010, Mbaye Diagne était célébré par le Jardin des Justes du monde de Padoue en Italie. Une année plus tard, à l’occasion du dix-septième anniversaire du génocide, il était honoré à titre posthume par la Secrétaire d’État américaine Hillary Clinton.

En 2014, l’Organisation des Nations Unies a décidé de créer une médaille récompensant les actes de bravoures exceptionnelles nommés du nom du capitaine Mbaye Diagne. Mbaye Diagne tué au Rwanda en 1994 après avoir sauvé des centaines de Rwandais. Ainsi par cet acte, l’organisation répare une injustice faite à ce Casque bleu dont la bravoure exceptionnelle n’avait jamais été véritablement saluée par cette dernière, et ce malgré les 600 vies sauvées par le soldat selon les estimations.

À Dakar, une association en sa mémoire a été lancée en 2010. Présidée par sa veuve, Yacine Mar Diop, l’Association du capitaine Mbaye Diagne pour la culture de la paix (Nekkinu Jàmm, en wolof) entend maintenir vivace son héritage. Cette dernière a été naturellement la première à souligner l’initiative des autorités locales.


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